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Cadre de référence national luxembourgeois sur l’éducation non formelle des enfants et des jeunes : un modèle pour l’accueil familial de jour ?

L’éducation non formelle désigne les espaces éducatifs situés en dehors du cadre scolaire. Elle consiste à créer des environnements basés sur l’identification des besoins afin de proposer des modes d’apprentissage qui y répondent en mobilisant les ressources personnelles de chacun.
Ce Cadre de référence offre des éléments qui permettent d’étoffer vos outils pour l’accompagnement pédagogique des accueillant⋅es en milieu familial.

Le rôle des accueillant·es et l’accompagnement des familles

L’accompagnement des enfants et de leur famille repose sur une posture professionnelle dynamique et constructive.
La question de la posture des professionnel⋅les est ici très intéressante :
– Quels sont les rôles des accueillant⋅es dans l’accompagnement des enfants et de leur famille ?
– Comment ajuster sa posture professionnelle de manière dynamique et constructive ?

Comme premier élément de compréhension, la classification internationale du fonctionnement, du Handicap et de la Santé (CIF), élaborée en 2001 par l’OMS, propose « un cadre pour la description et l’organisation des informations relatives au fonctionnement et au handicap ». En comprenant mieux le fonctionnement d’un individu et en identifiant ses besoins, on peut agir sur son environnement afin de lui permettre d’y évoluer de la manière la plus autonome possible. Ainsi, il serait bénéfique d’agir concrètement sur l’environnement en l’ajustant aux besoins d’autrui afin de diminuer la « situation de handicap » dans laquelle l’individu pourrait se trouver, favorisant ainsi la participation. Il faut comprendre la participation ici comme la possibilité de pouvoir faire partie intégrante de la société dans laquelle l’individu évolue et valoriser sa posture de citoyen « au sein de sa cité ».

C’est là que le Cadre de référence national sur l’éducation non formelle des enfants et des jeunes rejoint la perception de la CIF. En effet, les valeurs qui y sont promues, basées sur la Convention internationale des droits de l’enfant, vont également dans le sens d’accompagner les enfants et les jeunes à trouver leur place dans la société en mobilisant leurs ressources et en travaillant les différentes compétences, classées en 4 types :
– Individuelle ;
– Sociale ;
– Technique ;
– Méthodologique.

Ces compétences sont interreliées et constituent un socle sur lequel les enfants et les jeunes peuvent s’étayer et poursuivre leur chemin.


La posture des professionnel·les : un levier essentiel

Les professionnel⋅les de l’enfance, appelés « pédagogues » dans le Cadre de référence, ont alors une grande responsabilité. Ils et elles doivent, en effet, identifier les compétences individuelles, sociales, techniques et méthodologiques de chacun des membres de leur groupe. Dès lors, un environnement d’apprentissage est conçu afin de promouvoir l’évolution et l’apprentissage de chacun à l’intérieur duquel chacun d’entre eux puisse évoluer et apprendre en mobilisant ses propres ressources tout en étant porté par la dynamique positive du groupe.

Nous voyons ici à quel point la finesse de l’observation et la créativité des adultes sont essentielles. Mais il ne s’agit là que de la base du dispositif ! Comme tout le monde le sait, les apprentissages s’inscrivent dans un contexte relationnel qui favorise ou au contraire qui entrave l’acquisition de nouvelles connaissances.

En effet, les professionnel⋅les sont garant⋅es du cadre mais sont également des modèles, des figures de référence à partir desquelles les enfants et les jeunes peuvent se situer et se construire en termes d’identité propre et d’appartenance.

Pour l’éducation non formelle l’appartenance est un concept central. Celle-ci se construit notamment dans le lien qui existe entre l’adulte et les bénéficiaires. En effet, selon l’éducation non formelle, l’un des rôles des professionnel⋅les de l’enfance est de favoriser la mise en place d’une relation de co-construction en donnant la possibilité aux enfants, aux jeunes et à leur famille de participer et d’avoir une action concrète sur ce qui les concerne.

La manière d’envisager les professionnel⋅les est alors très claire. Leur posture est primordiale tout comme la capacité d’ajustement et de réflexion sur leur pratique.


Une application concrète dans l’accueil familial de jour

Alors, comment ce Cadre de référence peut être utile à la pratique des collabortateur⋅trices travaillant dans le secteur de l’accueil familial de jour ?

Les propositions faites dans ce Cadre de référence pouvant être employées à deux niveau différents. Tout d’abord dans la relation qui concerne les coordinatrices et les accueillant⋅es en milieu familial. Puis, dans un deuxième temps, non pas en différé mais de manière simultanée, au niveau de la relation entre les accueillant⋅es et les enfants.

En effet, dans le premier contexte relationnel, il incombe aux coordinatrices de créer un environnement de travail, à percevoir ici comme un espace relationnel abstrait, qui favorise la construction d’un lien de confiance qui permette aux accueillant⋅es de s’approprier les nouvelles connaissances acquises lors des moments de formation, de colloque ou encore de visites informelles ou annuelles. La disponibilité et la présence régulière des coordinatrices est alors primordiale pour que ces dernières puissent être perçues comme des figures de référence. Une raison supplémentaire donc pour que les coordinatrices passent du temps sur le terrain, auprès des accueillant⋅es !

Le mandat, lié à l’accompagnement pédagogique porté par les coordinatrices, ne concerne-t-il pas le développement de nouvelles compétences chez les accueillant⋅es pour développer leur capacité à étoffer leur compréhension des situations auxquelles ils⋅elles sont confronté⋅es ? Et ainsi diversifier les modalités de réponse ?

D’ailleurs, dans ce Cadre de référence, il est proposé plusieurs « lignes directrices » destinées aux assistant⋅es maternel⋅les, l’une pour l’élaboration du projet d’accueil et l’autre pour la rédaction du rapport d’activité, tous deux destinés à être partagés avec les parents, car ne l’oublions pas, ces derniers sont envisagés comme partenaires dans la co-construction de l’environnement éducatif dans lequel évolue leur⋅s enfant⋅s !
Ces documents peuvent être utilisés comme outils dans l’accompagnement des accueillant⋅es, soit en les soutenant directement dans leur élaboration soit en les utilisant comme base de réflexion lors des différents échanges pour que, petit à petit, les AMF puissent se les approprier.

La transposition des principes de ce Cadre de référence au contexte d’accueil à domicile d’enfants à la journée paraît évidente – l’accueillant⋅e en milieu familial comme professionnel⋅le de l’enfance, figure de référence, participant de manière active et réfléchie à la création d’un environnement d’accueil favorisant les apprentissages de chacun des enfants accueillis, en fonction de leurs ressources et de leurs besoins.
A noter que l’une des complexité, et pas des moindres, concerne la possible différence d’âge qu’il y a entre les enfants. En effet, il apparaît ici particulièrement ardu de proposer un espace d’accueil qui puisse prendre en compte une telle diversité de besoins. Toutefois, en permettant d’identifier les constantes et les variables, les lignes directrices proposées dans ce Cadre de référence peuvent être un excellent soutien à la réflexion.


Une approche systémique et évolutive

Pour terminer, il paraît possible de comprendre l’éducation non formelle comme une manière systémique et phénoménologique d’accompagner les enfants et les jeunes dans leur manière de se développer et d’explorer le monde qui les entoure pour pouvoir s’y situer et affiner la compréhension qu’ils en ont, ceci en mobilisant, de manière dynamique et conjointe, leurs compétences individuelles, sociales, techniques et méthodologiques.

Un programme passionnant et enrichissant pour tous les acteurs de l’accueil familial de jour !

 

Pour compléter :
Bonvin de Werra, J. (2025), Eduque-t-on les enfants dans les accueils parascolaires ?

 

Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse ; Bühler, C. (2021), Cadre de référence national sur l’éducation non formelle des enfants et des jeunes, Luxembourg : Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enfance et de la Jeunesse et Service national de la jeunesse, Luxembourg
https://www.enfancejeunesse.lu/wp-content/uploads/2021/09/Rahmenplan_FR_14092021_WEB.pdf