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Stéréotypes, préjugés, questions de genre !

L’ouverture au monde est une attitude nécessaire aux équipes éducatives. Dans leur mission d’accueil de la diversité, les professionnel·le·s du parascolaire veillent à ne pas transmettre des représentations stéréotypées et sont attentifs à accompagner les enfants à faire preuve de tolérance envers tous les membres du groupe. Facile à dire! Petit tour sur soi-même et autour, à propos des « ismes » et des « phobes » liés à la question du genre.

Pour commencer, sachons que les stéréotypes, les préjugés et les discriminations sont liés et interdépendants [1].

  • Un stéréotype est un ensemble de croyances partagées par l’environnement social (familles, amis, médias, etc.) à propos d’un groupe social. Il a une valeur de connaissance, simplificatrice et/ou déformante de la réalité mais il est utile. Catégoriser socialement nous permet, à partir de très peu d’informations, de prédire le comportement de l’autre, de le juger ou de nous adapter à lui avec peu d’efforts.
  • Le préjugé, lui, a une dimension affective ; il est une façon de percevoir défavorablement une personne (racisme, sexisme,  etc.) sur la base de son appartenance. On ne peut pas éliminer les préjugés [2] mais en prendre conscience et travailler dessus est une démarche éthique indispensable dans les métiers de l’humain.
  • La discrimination est un comportement négatif et non justifiable dirigé contre une personne ou un groupe de personnes envers lesquels nous entretenons des préjugés (maintien de la distance, évitement, regard biaisé, mise à l’écart, exclusion, insultes, etc.)

Pour Descartes [3], ce qui nous retient de chercher la vérité, c’est de croire qu’on la possède déjà. Les premiers obstacles à la vérité sont donc nos préjugés qui nous donnent l’illusion de savoir. On tient pour évident non pas ce qui est, mais ce dont on n’a jamais douté.

Alors, si on regarde du côté de la diversité de genre par exemple, quelles sont nos connaissances et nos préjugés ? Chaque enfant a le droit d’exprimer son genre à sa façon et sans être jugé. Entre 6 et 12 ans, ce qui touche à la sexualité fait l’objet de plaisanteries de la part des enfants qui prennent conscience de l’existence des relations amoureuses hétéro et homosexuelles et commencent à comprendre la notion d’orientation sexuelle [4]. Sans aller au-delà de leur curiosité et de leur questionnement dans cette période de leur cycle de vie, les professionnel·le·s peuvent être de ces adultes qui n’esquivent pas le sujet, restent à l’écoute et discutent avec les enfants. Mais avant cela, quelques définitions de termes choisis.

  • Sexe (biologique) ensemble des caractéristiques biologiques et physiologiques, primaires et secondaires, notamment chromosomiques, gonadiques, hormonales et génitales, qui font qu’une personne est considérée médicalement comme plutôt femelle, plutôt mâle ou intersexuée.
  • Sexe d’assignation : après constatation des caractéristiques sexuelles à la naissance, l’enfant est assigné F( féminin) ou M(masculin) auprès de l’état civil. Depuis le 1er janvier 2022, cette assignation peut être modifiée sur simple demande et sans exigence médicale auprès d’un·e officier·e d’état civil. Jusqu’à 16 ans, l’accord des parents est obligatoire. La Suisse ne dispose pas encore d’une 3e option (X pour autre ou indéterminée).
  • Identité de genre : le ressenti profond d’être un homme, une femme, entre les deux, ou ni l’un ni l’autre (non binarité). Elle peut être congruente ou non avec le sexe assigné à la naissance.
  • Une personne cisgenre : une personne qui se reconnaît dans le sexe qui lui a été assigné à la naissance.
  • Une personne trans : une personne qui ne se reconnaît pas dans le sexe qui lui a été assigné à la naissance. Elle peut souhaiter ou non entamer une transition, c’est-à-dire une évolution sociale et/ou physique lui permettant de faire plus ou moins concorder son insertion sociale et/ou son corps avec son identité de genre.
  • Dysphorie de genre : désigne la souffrance psychique et sociale découlant de la contrainte à vivre avec un corps et/ou dans un rôle de genre socialement attribué qui sont en incongruence avec son identité de genre.
  • Transphobie : dégoût, haine, crainte ou rejet des personnes trans et non binaires par une personne ou un système. Elle s’appuie généralement sur un ensemble de stéréotypes et de préjugés qui ciblent les personnes trans et non binaires. La transphobie est à l’origine de discriminations et de différentes formes de violences. Elle s’exprime souvent de manière d’autant plus violente que l’expression de genre est non binaire.

Il existe un mémento DIGOS (diversité de genre et d’orientation sexuelle) [5] qui s’adresse aux adultes intervenant dans les établissements scolaires et de formation. Il peut également s’avérer utile à celles et ceux qui interviennent auprès de jeunes dans d’autres cadres, notamment l’accueil para ou extrascolaire.

Se référant à ce qui est inscrit dans la constitution fédérale suisse [6] ce mémento propose à tout·e professionnel·le de s’informer sur ces questions, de s’interroger sur ses propres représentations, d’identifier ses compétences et ses limites pour savoir passer le relais, de  connaître les ressources internes et externes vers lesquelles pouvoir s’orienter et orienter les enfants et leurs parents.

Brièvement, il s’agit de favoriser une approche positive et non jugeante, d’utiliser un discours neutre et inclusif, de proscrire les injures, les propos méprisants se rapportant à l’apparence physique, à l’appartenance sociale, religieuse ou ethnique, les plaisanteries et le langage familier dévalorisant les minorités sexuelles. Les adultes veillent à ce qu’eux-mêmes et les enfants soient respectueux les uns des autres.

Comme le dit Caroline Dayer [7] « faire un pas en arrière ou de côté en partant des exemples des enfants permet de déjouer la pression à la conformité qui nourrit les effets de groupe délétères et qui incite à sanctionner les personnes qui transgressent les stéréotypes (…) une norme aujourd’hui n’est pas forcément la même que celle d’hier ou de demain, (…) une norme ici n’est pas forcément la même qu’ailleurs ».

On peut donc amener les enfants à réfléchir aux normes imposées par la société afin d’amener chacun·e à un plus grand respect envers une personne qui s’en distancie.

Dans la période du 6-12 ans, l’identité de genre se consolide et la pudeur s’installe. C’est au cours de cette période que certains enfants peuvent s’identifier à un genre qui n’est pas celui avec lequel ils sont nés. Ils peuvent être décrits comme étant créatifs dans le genre ou en questionnement quant à leur genre. Lorsque cette identification persiste dans le temps, il est possible que ces enfants soient transgenres.[8]

Les parcours de vie des jeunes transgenres sont diversifiés mais le décalage entre l’identité de genre de l’enfant et son sexe assigné émerge généralement très jeune. Les études menées chez l’adulte montrent que ces enfants et leur entourage peuvent en prendre conscience dès 3 ans, le pic étant à 5 ans, et la moyenne s’établissant autour de 8 ans.[9]

Il faut faire une distinction entre la « dysphorie de genre », où l’enfant manifeste une appartenance marquée à l’autre genre et une souffrance, et le « non conformisme de genre », où l’enfant manifeste plutôt des comportements « non conformes » aux codes attribués à son genre, ne rejette pas forcément l’appartenance à son sexe assigné, et ne demande pas de changement de genre social. Par exemple, certains garçons peuvent porter du vernis à ongles ou un vêtement considéré comme féminin sans pour autant avoir une identité transgenre.

Il est aussi très important de différencier prise de conscience et expression publique. Si la plupart de ces jeunes ressentent leur incongruence de genre, ils ne l’expriment pas toujours. En effet, dès l’âge préscolaire, les enfants intègrent les stéréotypes de genre et la pression à s’y conformer, tous et toutes n’auront pas la même envie ou possibilité de l’exprimer. Beaucoup auront peur d’être rejetés ou menacés.

Vivre dans le secret peut isoler et toucher à l’estime de soi. Dans ces situations, c’est souvent au moment de la puberté que la jeune personne est perçue par son entourage comme développant des comportements à risque : dépression, comportements autodestructeurs et agressivité ne prendront sens que lorsqu’elle pourra exprimer son malaise face à son sexe et son genre assignés.

Les études récentes démontrent que les expériences négatives de ces jeunes sont liées moins à leur identité ou à leur expression de genre qu’à la discrimination, à l’invisibilité, et au harcèlement. Ces attitudes sont les causes premières de leur souffrance psychique et relationnelle. Dans le contexte scolaire, il a été démontré que plus un·e jeune est jugé·e non conforme dans son genre, plus elle·il est susceptible de subir de la violence, de la cyberintimidation et des abus.

L’ensemble des jeunes trans et non binaires sont à risque, mais celles et ceux qui sont « non apparent·e·s » présentent le plus haut risque de harcèlement verbal et physique, du fait de leur manque de mots pour se définir par rapport aux autres et leur fréquent isolement qui les expose davantage.

On le voit bien, la diversité qui caractérise la société actuelle renforce la nécessité de traiter la complexité [10]. Il s’agit alors de permettre aux professionnel·le·s de se remettre en question et en recherche, d’observer et d’écouter les enfants, d’analyser des pratiques avec les collègues, de se concerter avec d’autres professionnel·le·s, etc. L’accès à ce profil professionnel réflexif est nécessaire pour assurer des conditions d’accueil et d’éducation de qualité. La déconstruction des stéréotypes de genre, pour éviter leur reproduction, implique de chacun·e un travail personnel sur ses propres fonctionnements et représentations et doit pouvoir s’intégrer dans une réflexion et action impliquant toute la structure avec sa direction et le soutien de la hiérarchie. Cet ancrage institutionnel est indispensable si l’on veut s’engager contre les stéréotypes et en faveur de la diversité. [11]

L’enjeu est donc de faire du lieu d’accueil, avec et pour les enfants, un espace de vie ouvert à tous et toutes et qui donne l’opportunité à chacun·e, en fonction de ses compétences et de ses intérêts, dans un respect mutuel, d’y prendre une part active. Cela demande une reconnaissance et une prise en compte de l’altérité, le développement d’une approche socio-éducative mettant l’accent sur les compétences, les différentes identités et les potentialités de tous les enfants.

 

[1] Légal, J-B. et Delouvée, S. (2021). Stéréotypes, préjugés et discrimination. Dunod

[2] Cevey, R. (2008). L’éthique avec Mafalda: introduction à l’éthique appliquée. Liber

[3] Bachler, L. (2016). Trois conceptions philosophiques de l’enfance. In Spirale, 79, pp. 48-57. https://www.cairn.info/revue-spirale-2016-3-page-48.htm

[4] Saint-Pierre, F. Viau, M.-F. (2021). La sexualité de l’enfant de 0 à 12 ans. Éditions du CHU Sainte Justine.

[5] Diversité de genre et d’orientation sexuelle (Digos) : memento à l’usage des intervenant-e-s de l’école. Etat de Vaud

[6] La Constitution fédérale suisse reconnaît la dignité et le droit à l’égalité pour tous les êtres humains (art. 7 et 8, Cst). Elle inclut aussi le droit des enfants et des jeunes à la protection de leur intégrité et à l’encouragement de leur développement (art. 11, Cst).

[7] Dayer, C. (2017), Violences harcèlement-intimidation, discriminations : des clarifications théoriques à l’accompagnement des processus de socialisation. In Lutter contre les discriminations. Actes des conférences de la journée parascolaire du 28 avril 2021. PEP. p. 13.
A lire aussi :
Dayer, C. (2017). Le pouvoir de l’injure. Éd. de l’Aube
Bonvin de Werra, J. (2019), Incivilités et injures : intervenir à chaud et prévenir à froid !, CREDE

[8] Idem 4

[9] Fondation Agnodice (2022). Elèves trans et non binaires. Guide de bonnes pratiques lors d’une transition de genre dans un établissement scolaire ou de formation.  Lausanne : Fondation Agnodice

[10] Dethier, François, Pirard et Pools, (2015). Les formations initiales des professionnel·les de l’enfance (0‐12 ans) et des équipes d’encadrement : enjeux et perspectives. Liège : ONE

[11] Rapport d’activité du groupe de travail « Genre » de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse (CFEJ) (2022).

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