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Éducation

Les 4 P : pratiques pédagogiques de participation au parascolaire

Les UAPE, les APEMS et les lieux accueillant des enfants sont censés mettre en place des démarches participatives. Pourquoi, quels en sont les enjeux ? Que signifie cette participation dans les lieux parascolaires ? Est-ce un moyen d’inclure tous et toutes dans un projet commun et reconnu comme étant aussi celui de chacun·e ?

Rappelons que « la participation des enfants et des jeunes signifie qu’ils et elles peuvent intervenir et agir, selon des méthodes et des formes appropriées, sur l’environnement dans lequel ils et elles évoluent » [1].

La participation étant un droit [2], chacun·e doit pouvoir donner son avis et participer d’une manière qui corresponde au développement de ses capacités.

Le métier de citoyen participatif exige des compétences, un engagement, une prise de conscience des responsabilités et de leurs implications, le sens de l’action solidaire et coopérative. L’enfant va donc devenir citoyen·ne par la pratique même de cette citoyenneté. C’est un apprentissage qui se réalise si les adultes, pariant sur les capacités des enfants, les guident et les soutiennent pour qu’ils organisent eux-mêmes leur vie. Si l’enfant est l’égal des adultes qui l’élèvent et l’éduquent, il est « cet être paradoxal qui a besoin d’eux pour devenir ce qu’il est » [3]. Aux professionnel·le·s à les aider à assumer des responsabilités, en leur permettant de donner leur avis individuellement et collectivement au sein d’institutions démocratiques.

Plus facile à dire qu’à faire !

Il ne s’agit pas d’imposer aux enfants des exigences démesurées par rapport à leur âge ou de leur apprendre les procédures de la démocratie, ce qui relève plutôt de l’éducation à la citoyenneté. Il convient d’observer les enfants et leurs expériences sociales en mettant l’accent sur ce qu’ils vivent ici et maintenant dans le collectif.

Avec le développement de l’éducation non formelle, c’est-à-dire celle qui n’est pas dispensée par l’école, et avec l’éducation par les médias, notamment via internet, un écart risque de se creuser entre les savoirs transmis par le système éducatif traditionnel (l’école) et les réalités d’une société en rapide et constante évolution. C’est donc avec un nombre croissant d’acteurs et d’intervenants et par tout un ensemble d’interactions que la société procède à l’éducation de ses enfants et de ses jeunes. Ceux-ci apprendront d’autant mieux de leur environnement qu’ils participent à son fonctionnement. L’ensemble des adultes doivent inventer, s’ils ne l’ont pas déjà fait, des façons d’être et d’agir avec les enfants, façons qui soient tournées vers un futur commun.

Il s’agit d’étendre la démocratie à ce qui détermine au quotidien les relations éducatives entre les enfants et les adultes en position d’éducateur et entre les adultes eux-mêmes. La participation des enfants accueillis en UAPE ou en APEMS est essentielle pour les préparer à être des acteurs et actrices engagés et responsables d’une société libre.

Pour savoir si un projet pédagogique tient compte de cette dimension, l’échelle de la participation élaborée par Roger Hart est un puissant outil. Elle permet d’évaluer le degré de prise en compte de l’enfant par l’adulte et de visualiser le nombre d’échelons qu’il reste à gravir jusqu’au sommet !

En guise d’illustration, la situation la plus courante dans les lieux d’accueil est la proposition d’une liste d’ateliers possibles et des enfants qui choisissent… Ce fonctionnement regrettable par son aspect consumériste est un simulacre de choix. Tout au plus un niveau 3 sur l’échelle de Hart !

Créer des conditions favorables à la participation consiste d’abord à adopter une posture permettant à l’enfant d’exprimer et de faire valoir son ressenti. Ne pas se contenter d’attendre qu’il s’exprime mais le solliciter dans ce sens. Mettre en place des temps de paroles, des boites à idées, des murs d’expression ou autres outils à développer. C’est un exercice à part entière tant « il est très difficile pour l’adulte de ne pas s’emparer du champ et de la parole de l’enfant » [4]. L’équipe doit aussi œuvrer pour atteindre un fort degré de concertation avec les enfants, s’adaptant ainsi à leurs capacités et habitudes d’expression.  C’est une façon de les accompagner pour qu’ils et elles soient, dans un premier temps, capables d’exprimer leurs opinions. Puis de leur donner la possibilité d’agir et de se relier au collectif en dépassant la sphère privée de leurs intérêts propres. Car renouer avec l’intérêt général, ce n’est pas renouer avec la volonté de tous, comme une simple addition des volontés individuelles.

L’expertise spécifique des enfants peut être précieuse dans les domaines des réaménagements de leurs rythmes de vie et d’apprentissage. Elle est incontournable dans la réflexion et l’élaboration des règlements intérieurs des structures éducatives, scolaires, parascolaires ou de loisirs qu’ils fréquentent. Un autre domaine est celui des déplacements et des trajets. Les points de vue et les expériences des enfants doivent être sollicités. Le thème des déplacements et de la mobilité peut être au cœur des contenus de l’éducation car elle concerne des enjeux d’autonomie, de responsabilité, de civilité, de sécurité, de respect de l’environnement, de fatigue, de santé, de gestion du temps, de partage des espaces publics, etc.

La question pédagogique ne se restreint pas à la question scolaire qui n’en constitue qu’un des éléments parfois minoritaires dans la vie des enfants. Il est très important que les enjeux de l’accueil parascolaire et ses modes d’intervention soient lisibles par les enseignant·e·s, les familles et les autres acteurs et actrices de la communauté éducative.

[1] Tironi, Y. (2015), Participation et citoyenneté des jeunes : la démocratie en jeu, Lausanne : Éditions EESP
[2] art. 12 de la Convention internationale des droits de l’enfant, signée par la Suisse en 1997.
[3] Jesu, F, Le Gal, J, (2015), Démocratiser les relations éducatives : la participation des enfants et des parents aux décisions familiales et collectives, Lyon : Chronique sociale
[4] Garcia Delahaye, S. (Dir.) (2018), Politique de l’enfance et de la jeunesse : la place des enfants et des jeunes dans la définition de politiques publiques,  Lausanne : Éditions EESP, p. 58

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