Rechercher sur le site du CREDE

Médiathèque

Repéré pour vous

Littérature jeunesse et activités

Le kamishibaï, une invitation au spectacle

Dans les institutions de l’enfance, le kamishibaï développe une compréhension collective particulière : le sentiment de partager en commun des émotions, nommé « kyokan » par les Japonais. Le kamishibaï invite les enfants au spectacle, une activité de groupe à organiser lorsqu’ils ont été bien nourris de lectures individuelles !

Le kamishibaï – aussi appelé théâtre d’images – est une technique de contage d’origine japonaise basée sur des images qu’un adulte fait défiler dans un castelet (ou butaï) en bois à trois portes.

La particularité du kamishibaï consiste à développer un profond sentiment d’union collective. Ce sentiment, valorisé par le peuple japonais, est réellement ressenti par le public d’ici, même très jeune ; la magie des images qui se laissent dévoiler très progressivement dans un « fondu-enchaîné » provoque des émotions différentes d’un livre que l’on ouvre page après page.

La concentration qui se lit sur les visages des enfants montre à quel point ils sont capables d’entrer dans un monde imaginaire riche et d’écouter un texte quelquefois un peu plus long que celui des albums écrits pour leur âge. Les enfants inquiets ou diagnostiqués TSA sont rassurés par ce contenant capable « d’enfermer » un monde imaginaire qui pourrait les envahir.


Matériel nécessaire

La simplicité du matériel (un castelet en bois ou butaï et un jeu de 8 à 16 planches illustrées) permet son utilisation dans de nombreux lieux de rencontres où sont remis à l’honneur les arts de la parole : structures d’accueil, écoles, fêtes de quartier, veillées de conteurs et conteuses.


Critères de choix d’un kamishibaï, trois aspects à considérer

Le thème : une œuvre d’art est reconnue comme telle parce qu’un grand nombre de personnes peuvent s’y projeter, indépendamment de leur bagage culturel. Il en est de même pour le thème d’un kamishibaï qui ne lassera ni les lecteurs-conteurs ni le public et qui pourra s’inscrire dans l’air du temps.

Les planches : le lecteur-conteur ou la lectrice-conteuse est face au public et dévoile les planches en les tirant vers sa droite. Par conséquent, le public découvre d’abord la partie droite de l’image. La conception de la planche se fait donc de droite à gauche, contrairement à celle de l’album qui va de gauche à droite, dans le sens de notre écriture latine. Nous sommes tellement habitués à ceci que nous ne nous en rendons pas compte en regardant les albums.

L’animateur·trice peut tirer les planches entièrement, ou partiellement (arrêt sur image), créant ainsi des effets spéciaux. Les planches sont conçues pour être vues de loin, on n’y trouve pas de fourmillement de détails caractéristique de l’album. Les formes sont épurées.

Pour ces différentes raisons, nous rejoignons l’optique des Japonais qui conçoivent le kamishibaï comme un élément unique, contrairement à de nombreuses maisons d’édition qui produisent simultanément un album et un kamishibaï, ou qui éditent en kamishibaï un album qui a connu du succès.

Le texte : l’écriture pour le kamishibaï est plus proche de l’écriture théâtrale avec des dialogues et des didascalies. Un texte écrit pour un album ne correspond pas à ces critères. Le kamishibaï est un genre littéraire à part entière qui commence à se faire connaître d’un vaste public dans les pays européens. Cet enthousiasme conduira, espérons-le, à une production riche et variée.


Le kamishibaï et son utilisation dans les collectivités de jeunes enfants

Au coeur des pratiques d’éducation de l’enfance, une multitude de professionnel·les se mobilisent autour de l’éveil au récit. Leur formation continue et la bienveillance des bibliothèques qu’ils fréquentent permettent aux garderies de proposer aux tout-petits des récits de qualité transmis et portés par des adultes passionnés. Au quotidien, le ou la professionnel·le (bibliothécaire ou éducateur·trice) partage son attention entre l’individu – principalement s’il s’agit de tout-petits – et le collectif.

Si l’on voit souvent des kamishibaï dans les garderies, c’est justement pour souligner un moment d’attention au collectif. Jamais l’adulte ne devrait se cacher derrière son théâtre ! Il doit rester attentif à chaque réaction et s’interrompre à chaque fois qu’il le juge utile. Il voit l’enfant dans le groupe et également le groupe tout entier dans un moment significatif d’appartenance.

Le kamishibaï est un moment libre ; chaque enfant peut quitter le groupe.

Lire une histoire avec le petit théâtre de bois fait partie des moments ritualisés et ne remplace en aucun cas les lectures partagées d’albums. Cette activité amène, pour les équipes qui y mettent un sens, un peu de poudre magique.

Lorsque les enfants grandissent, l’intérêt du kamishibaï est qu’il leur offre également la possibilité de passer d’un rôle de spectateur à celui d’acteur. Le kamishibaï offre de nombreuses possibilités pédagogiques (l’enfant raconte lui-même, comprend peu à peu le fonctionnement des images qui défilent, peut s’aventurer dans la lecture à l’abri des regards des autres voisins). Il fait partie des multiples actions en faveur de la littérature enfantine et de l’éducation à l’image.

En guise de conclusion, rendons hommage à Edith Montelle grâce à qui le kamishibaï s’est fait connaître en Suisse. Elle a écrit l’excellent ouvrage « La boîte magique – le théâtre d’images ou kamishibaï, » paru en 2014 aux Éditions Callicéphale. Hommage aussi à Jacqueline Wernli, logopédiste au SUPEA, décédée en 2022, créatrice des Éditions de kamishibaï Paloma, à qui nous devons la réalisation, entre autres, des « Musiciens de Brême » et « Cornelia, l’oie qui voulait chanter » traduite en 7 langues.

 

La médiathèque du CREDE possède de nombreuses histoires kamishibaï et prête également des butaï.

 

Bibliographie :

Montelle, E. (2014), La boîte magique, Strasbourg : CallicéphaleNash, E. P. (2009), Manga Kamishibaï, du théâtre de papier à la BD japonaise, Paris : La MarinièreSay, A. (2006), Le bonhomme kamishibaï, Paris : Ecole des loisirs