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Éducation

Esprit critique, es-tu là ? : s’exercer avec les enfants au quotidien à développer cette forme de pensée

Est-ce que l’esprit critique vient aux enfants comme par magie ou y a-t-il une méthode pour l’enseigner ? Ni l’un ni l’autre mais cet état peut s’exercer au quotidien comme nous le révèlent plusieurs chercheurs et chercheuses sachant penser sans s’épancher.

« Un homme plante des presse-purées dans son jardin. Son ami arrive et lui demande pourquoi il se livre à cette activité étrange. L’homme explique : « C’est pour éloigner les rhinocéros de mon jardin. » L’ami s’étonne : « Mais il n’y a pas de rhinocéros ici ! » L’homme répond : « Normal, avec tous les presse-purées que j’ai plantés ! »[1]

Cette plaisanterie est basée sur une erreur de raisonnement évidente. Mais certaines erreurs le sont moins.

Est-il possible de bien s’informer sur l’état du monde sans être manipulé ? De démasquer le discours que nous nous tenons à nous-mêmes, fondé sur de faux raisonnements mais qui nous permet d’agir en étant persuadés d’avoir raison ? Qu’en est-il de notre lucidité et de notre esprit critique ?

L’ouvrage de Sophie Mazet nous présente avec humour une initiation à l’autodéfense intellectuelle. On y apprend qu’on peut commencer par soi-même, c’est-à-dire tenter d’identifier nos erreurs d’appréciation et de jugement car nous avons tendance à surestimer nos connaissances et nos capacités intellectuelles sans repérer nos biais de raisonnement, stéréotypes, idées préconçues, etc. Nous avons aussi la fâcheuse habitude, quand nous nous informons, de ne prendre en compte que les éléments qui vont dans le sens de ce que nous croyons, de négliger l’importance du hasard et des coïncidences versus la croyance à l’idée de la loi des séries et, quand on est face à un appel à l’émotion (une personne qui raconte une histoire tragique), à ne pas rester attachés aux faits. Autre risque : celui de « considérer le résultat d’une étude comme une vérité révélée pour en faire le fondement d’une morale ou d’une idéologie, une démarche qui par principe est tout sauf scientifique. »[2]

Mais qu’est-ce que la science ? Comme le rappelle Pascal Wagner-Egger [3] cette dernière a été inventée pour remédier aux faiblesses de l’esprit individuel. C’est à ce jour le seul système de pensée humaine qui peut, par les observations de la réalité et la confrontation des résultats et des théories, par la répétition, les revues par les pairs, changer, s’améliorer et se recorriger lui-même, au contraire de toute autre forme de croyance. Tout le monde risque de se tromper, y compris les spécialistes, mais un consensus scientifique va être moins dans l’erreur qu’une minorité d’experts ou qu’un non expert. Dans toute démocratie le droit au doute existe. Il est juste de se poser des questions mais sans apporter des réponses prématurées. Il faut s’informer au mieux auprès des experts du domaine et pas seulement unilatéralement sur les sites critiques et souvent mal informés d’Internet.

Normand Baillargeon [4], dans son livre qui constitue une initiation détaillée et documentée à la pensée critique, développe les outils fondamentaux que doit maitriser tout penseur critique : le langage, la logique, la rhétorique, les nombres, les probabilités, la statistique, etc. Il soutient aussi que pour qu’il y ait démocratie, il faut que les personnes participent et ne soient pas que des spectateurs et des spectatrices.

Sebastian Dieguez [5], expert, entre autre, de la question du complotisme, estime qu’il n’y a pas de méthode pour enseigner l’esprit critique. Il s’agit plutôt d’encourager l’éducation aux médias, la vérification des faits, le rationalisme mais aussi la fiction, cet exercice de l’imagination et de la fantaisie humaine qui pourrait rétablir le respect pour la réalité.

[1] Mazet, S. (2017), Manuel d’autodéfense intellectuelle, Paris, Robert Laffont

[2] Idem, p.199.

[3] Pascal Wagner-Egger Lettre ouverte aux « libres penseurs et libres penseuses. Pourquoi nous ne pouvons pas penser (seulement) par nous-mêmes et pourquoi l’anticomplotisme n’est pas la pensée unique (mais le complotisme, oui), ni une forme de censure qui défend le « Système » (même si certain.es ont envie de le croire).

[4] Baillargeon, N. (2005), Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Montréal, Lux Éditeur

[5] Dieguez, S. (2018), Pourquoi le mouvement des « gilets jaunes » est complotiste, In : Bon pour la tête

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