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Création collective d’une histoire kamishibaï à l’APEMS des Aubépines – Lausanne 2023

Discuter, écouter, argumenter, se mettre d’accord, parler en groupe, s’amuser, créer, se socialiser, voter !
Collaborer, communiquer. Autant de capacités qu’on nomme transversales ou "compétences de vie" et qui sont très recherchées dans notre société qui voit les individualismes prospérer.
C’est cela que les enfants de l’APEMS des Aubépines ont pu apprendre en expérimentant la création d’une histoire kamishibaï, du texte aux images.

Selon Michel Develay, les compétences de vie s’inscrivent dans deux principes philosophiques. Le premier est l’individuation : il s’agit de prendre l’enfant dans sa globalité et sa complexité pour l’aider à comprendre qu’il est unique et irremplaçable. Le deuxième est la socialisation car en tant qu’êtres sociaux, nos apprentissages ont du sens avec, par et pour les autres. Individuation et socialisation constituent le ferment d’une éducation à la citoyenneté [1].

 

Figure 1 : Les familles de compétences de vie selon Michel Develay

Ce sont certaines de ces capacités qui ont été activées lors de l’atelier Kamishibaï menée de mars à mai 2023.

« Cette activité a pour but de prolonger le monde imaginaire des enfants en leur permettant d’être les créateurs d’une petite scène. Les enfants du groupe du Kamishibaï ont particulièrement aimé inventer l’histoire et dessiner chaque planche en imaginant les décors et les aventures de leurs personnages. Ce travail a stimulé la créativité, l’autonomie, renforcé les idées communes entre les enfants du groupe. Il a également permis de pratiquer la narration basée sur l’image. »

Emine, éducatrice. Responsable de l’atelier

 

 

Voici, dans un jeu de questions-réponses, les propos des enfants ayant participé à l’atelier Kamishibaï. Ils ont été recueillis à la volée lors de la soirée festive de fin d’année avec les familles et montrent bien ce qui est à l’œuvre quand un projet culturel et artistique est réalisé par les enfants.

Qu’est-ce qui t’a intéressé quand tu as su qu’il y avait un atelier Kamishibaï ?

–       Je trouvais que ça m’occupait parce que quand il n’y avait pas encore les activités, je m’ennuyais un peu.

–       J’ai bien aimé le kamishibaï parce qu’on invente une histoire, on dessine et j’aime bien faire ça.

 

Quand tu as participé à l’atelier, qu’est-ce que tu as appris ?

–       Dans l’atelier, j’ai dessiné mon personnage et je me suis bien amusée avec ma sœur et avec ma copine à créer l’histoire et j’ai bien tout aimé.

 

Que faisait l’éducatrice qui était avec vous à l’atelier ?

–       Elle nous a aidé quand on ne savait pas trop pour les couleurs. On aurait eu beaucoup plus de mal parce qu’elle nous a donné des idées et alors c’était plus facile.

–       Peut-être qu’on aurait pu créer l’histoire entre nous mais pour moi ça aurait été plus compliqué parce que j’ai pas souvent les idées, du coup elle nous a aidé à trouver des idées et on se mettait tous d’accord.

–       Je trouve que c’était chouette.

 

Est-ce que c’est différent d’une activité que vous avez faite à l’école ?

–       Oui.

–       Oui beaucoup.

–       À l’école on fait du travail et là on s’est amusées, on a créé.

–       À l’école on n’a jamais fait ça.

–       On n’a jamais créé.

–       Moi j’ai fait un kamishibaï à l’école mais je trouve que c’est différent qu’à l’APEMS. À l’APEMS tu fais les choses plutôt en groupe.

 

 

Est-ce que vous pensez que vous avez appris quelque chose en faisant cette histoire ?

–       Oui, moi comme je devais dessiner un éléphant et bien j’ai appris à mieux dessiner un éléphant. J’ai appris, ou peut-être j’ai pas appris mais j’ai appris à parler en groupe, sans interrompre et ça m’a plu.

–       Moi j’ai appris à mieux dessiner les animaux parce que je ne les dessine pas comme ça, j’ai appris à travailler en groupe et ça m’a bien amusé parce que j’étais avec mes copines.

–       Avant, j’avais déjà entendu parler du kamishibaï mais je ne l’avais pas fait. Quand Emine (l’éducatrice) a dit qu’il y avait l’atelier je me suis dit « chouette je vais pouvoir essayer » et puis ça m’a inspiré.

 

Qu’est-ce que vous n’avez pas aimé ?

–       Moi y a rien que j’ai pas aimé.

–       L’année prochaine on va refaire.

–       Mais on peut pas refaire on sera en 5ème.

 

 

Est-ce que parfois vous n’étiez pas d’accord entre vous ? Comment avez-vous fait quand vous n’étiez pas d’accord ?

–       Oui, on n’était pas toujours d’accord. On essayait de se mettre d’accord. On a parlé et on a discuté et dit ce qu’on voulait.

–       En fait on a voté. Celui qui avait le plus de votes, on le faisait. On levait la main par exemple pour ceux qui voulaient l’appeler « L’école des animaux » . Quelqu’un voulait l’appeler  « L’APEMS des animaux » mais il n’y avait que lui qui voulait l’appeler « L’APEMS des animaux ». On a voté et donc on a décidé pour « L’école des animaux ». Celui qui n’était pas d’accord est parti. Elle a décidé.

 

Pourquoi est-il parti ?

–       En fait c’est « elle ». Elle est partie parce qu’elle n’était pas d’accord et qu’elle ne savait pas dessiner son personnage. Mais moi je n’arrivais pas au début. C’est après que je suis arrivée.

–       Moi je ne serais pas partie parce qu’en même temps c’est un travail d’équipe, on peut pas tous avoir les mêmes avis parce qu’on est tous différents. Comme pour les goûts.

–       Oui on a même voté pour savoir qui des animaux se moquerait de Zouzou le panda roux parce que l’histoire elle dit qu’il ne faut pas se moquer des autres. Tu te moques de quelqu’un et après un autre se moque de toi et c’est pas bien et c’est pour faire comprendre aux autres que c’est pas bien.

 

Qu’est-ce que vous diriez à un autre enfant qui hésiterait à participer à cet atelier ?

–       Je lui dirais qu’il faut qu’il y aille, c’est trop bien.

–       Même si tu dessines pas bien, après tous les dessins sont mélangés, c’est cool tu as plein de dessins différents.

–       Même si tu dessines pas bien, c’est joli après sur l’image, c’est un peu plus bizarre mais ça fait style je trouve.

 

Est-ce que tu as été stressé parfois pendant l’activité?

–       Non !

–       Non jamais !

–       Non !

 

Vous en avez parlé à la maison ?

–       Non.

–       Non, c’est la surprise.

Cette activité, qui a été choisie par les enfants, leur a demandé un investissement sur la durée. Elle leur a permis de développer des capacités de coopération et de communication.

Les enfants ont dû faire preuve de patience pour ne pas divulguer l’information à leurs parents. Le plaisir et l’amusement, malgré des moments de frustration et d’inconfort, ont été au rendez-vous !

 

[1] Bourgoz Froidevaux, A., Schneider, C. (2022), Des compétences de vie pour l’éducation à la citoyenneté, In : Bulletin CIIP, no 6