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Compétences professionnelles

L’autonomie de l’enfant : entre sécurité et exploration – un cheminement à accompagner

Ce numéro de la revue "Assistantes maternelles" invite à réfléchir au processus d’autonomisation de l’enfant, sujet complexe qui constitue un axe central de l'accompagnement des coordinatrices auprès des accueillant·es.
L'autonomie ne se résume pas à l'apprentissage de gestes, mais elle se construit pas à pas, vers un équilibre entre le désir d’indépendance de l’enfant, son besoin de sécurité, son élan d’exploration et la qualité de la présence de l’adulte. Pour l’enfant, devenir autonome signifie prendre confiance, oser expérimenter, apprivoiser le risque et… s’éloigner de l’adulte.

Dans ce cheminement vers l’autonomisation, la posture des professionnel·les est essentielle, et c’est là que le rôle de soutien et d’encadrement des coordinatrices à l’égard des accueillant·es prend tout son sens. Accompagner l’autonomie ne consiste ni à « laisser faire », ni à imposer un rythme extérieur. En tant que coordinatrice, il s’agit d’accompagner les accueillant·es à développer leur observation – à encourager sans diriger et sécuriser sans entraver.

Ce que ce dossier permet de mettre en lumière, c’est que l’autonomie se déploie dans une zone intermédiaire : un espace où l’enfant peut expérimenter librement, tout en sentant la présence bienveillante et disponible de l’adulte. Le recours aux concepts théoriques – comme « la capacité d’être seul » ou « l’aire transitionnelle » – développés par D. W. Winnicott, offre des repères précieux pour analyser comment cet espace permet à la créativité de s’exprimer et aux possibles de s’ouvrir. Tout cela en s’inscrivant dans un cadre « suffisamment bon ».

Mais comment transmettre cette compréhension fine de l’autonomie sur le terrain ? À partir de quand est-il juste d’en parler dans la pratique d’accueil ?

Les différents articles rappellent que les premiers jeux constituent déjà un jalon vers l’autonomie. Très vite, le bébé explore par lui-même via ses gazouillis ou le mouvement de ses mains ou de ses pieds. Le rôle de l’adulte est alors d’accompagner cette expression spontanée par sa voix, ses gestes et une disponibilité ajustée au tempérament de l’enfant. L’autonomie se révèle également lorsque le tout-petit reproduit des mimiques, s’éloigne pour aller vers ses pairs, ou tire profit d’un aménagement de l’espace pensé pour faciliter la circulation et l’accès au matériel, dans l’esprit des approches inspirées de Reggio Emilia. Elle est soutenue par la cohérence éducative et le dialogue avec les familles, tout comme elle demande du temps pour essayer, se tromper et recommencer.

La lecture de ce cahier permet de réinterroger avec les équipes le sens même du concept d’autonomie. Ce n’est pas « faire tout seul », mais éprouver du plaisir à faire par soi-même et pouvoir décider de ses actes, comme le soulignent Miriam Rasse et Judit Falk[1] dans leur article « Qu’entend-on par autonomie chez le jeune enfant ? ». Les autrices rappellent que ce processus suppose un cadre, des repères et une présence régulière de l’adulte, à qui revient la responsabilité de créer les conditions favorables pour que l’enfant se sente capable.

En tant que coordinatrices, vous observez quotidiennement comment les accueillant·es accompagnent ces étapes. Ce dossier vous propose des outils de réflexion pour aborder les questions de fond qui traversent la pratique : faut-il attendre la même chose de chaque enfant ? Comment ajuster les exigences ? Au bout du compte, à qui profite l’autonomie ?

Ce numéro d’Assistantes maternelles constitue ainsi un support pour étayer votre accompagnement des accueillant·es en milieu familial, en vous offrant des éclairages théoriques et des pistes de réflexion pour les aider à trouver, auprès de chaque enfant, la juste mesure du « faire par soi-même ».

 

[1] Rasse, M. & Falk, J. (2025). Qu’entend-on par autonomie chez le jeune enfant ? In : Assistantes maternelles – Observer, comprendre et soutenir l’autonomie. N°210, cahier 2, pp. 20-24. Savigny-sur-Orge.

 

Pour aller plus loin :

  • Barbier, P. (2021). Accueillir de jeunes enfants : variations éducatives dans l’ordinaire du travail des assistantes maternelles. In : Espaces de socialisation extrafamiliale dans la petite enfance / sous la dir. de C. Zaouche Gaudron, avec A. Dupuy, C. Menesson, M. Kelly-Irving. Erès, pp. 95-105. Toulouse.
  • Michalak, M. (2026). Le consentement : un apprentissage fondamental. In : Assistantes maternelles. N°213, cahier 1, pp. 29-31. Savigny-sur-Orge.
  • Rameau, L. (2021). L’enfant et le choix. In : Métiers de la petite enfance. N°284-285, pp. 11-25. Issy-les-Moulineaux.

 

Rédigé par Amanny Kasongo, référente pour l’accueil familial de jour.