Dans de nombreuses crèches et structures d’accueil, les équipes éducatives développent des projets autour de la nature et de l’écologie. Sorties en extérieur, activités d’observation du vivant ou manipulation de matériaux naturels visent à développer les sens et éveiller les enfants à leur environnement.
L’éveil à l’environnement et aux enjeux écologiques peuvent également se traduire par des règles : respecter les lieux, ne pas jeter de déchets, ne pas arracher les plantes ou ne pas tuer les insectes.
Dans un contexte marqué par les préoccupations environnementales, ces approches répondent à une volonté de sensibiliser les enfants dès le plus jeune âge. Toutefois, l’ouvrage de Vitores démontre que derrière de très bonnes intentions, certains impensés de ces pratiques éducatives sont à prendre en compte…
Dans ce livre, l’auteur montre que l’éducation à la nature n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans des contextes sociaux différents et peut révéler des inégalités d’accès aux expériences avec le vivant.
Tous les enfants ne disposent pas des mêmes occasions de découvrir des espaces naturels. Le temps libre des parents, les ressources économiques ou les habitudes culturelles jouent un rôle important. Les enfants issus de milieux favorisés fréquentent souvent plus tôt et plus régulièrement des environnements variés : forêts, montagnes, campagnes ou littoraux.
Ces expériences contribuent à développer certaines dispositions valorisées socialement, comme l’observation, la sensibilité à la nature ou la capacité à exprimer son émerveillement.
Dans les structures d’accueil, certains comportements peuvent être interprétés comme un manque de respect pour la nature : cueillir une fleur ou tuer un insecte, par exemple. Pourtant, ces gestes relèvent aussi de la curiosité et de l’exploration.
L’ouvrage rappelle que les manières d’entrer en relation avec la nature s’apprennent. Elles dépendent de codes culturels et d’expériences qui ne sont pas partagés par tous les enfants.
Pour l’auteur, l’enjeu n’est pas d’attendre des enfants qu’ils « sacralisent » spontanément la nature et la considère comme une chose « précieuse ». Il fait d’ailleurs une comparaison très juste entre l’objet livre et la nature : les livres que l’on érige en objet suprême et l’évitement que cela peut provoquer chez les enfants pour qui cela représente déjà un objet assez « exotique ». Il s’agit plutôt de créer les conditions pour que chaque enfant puisse découvrir la nature, l’explorer et s’y familiariser sans la sacraliser au risque de la mettre définitivement à distance de l’enfant.
L’éducation à la nature devient alors un travail d’équilibre : proposer des expériences concrètes avec le vivant tout en restant attentif et attentive aux inégalités sociales qui influencent l’accès à ces expériences.
Encore un ouvrage qui permet de questionner les valeurs portées par nos pratiques pédagogiques et de relier nos intentions aux différents contextes de vie de l’enfant.
Vitores, J. (2025). La Nature à hauteur d’enfants : Socialisations écologiques et genèse des inégalités. La Découverte.