Réalisation d’une histoire kamishibaï à l’APEMS des Aubépines, Lausanne

Les enfants aiment les histoires. Certain·e·s participent au choix des livres, des BD, ou des revues de la bibliothèque de leur lieu d’accueil parascolaire. D’autres vont jusqu’à réaliser entièrement un kamishibai. C’est ce qui s’est passé à l’APEMS des Aubépines. Par cette histoire créée en commun, le groupe d’enfants a produit une expression artistique, une fable écologique illustrée de photos et de dessins. Les professionnel·le·s du lieu leur ont ainsi transmis une pratique culturelle socialisée et socialisante, intégrée dans la complexité de la société et du monde.

Genèse du projet

 

À la suite de plusieurs lectures d’histoires kamishibaï [1] tout au long de l’année 2021-2022, l’idée de créer notre propre histoire fut amenée par Emine Nazli, éducatrice, et proposée ensuite aux enfants âgés de 7 et 8 ans. Un groupe de 8 enfants très motivés s’est constitué et nous avons décidé de nous lancer dans un projet de création en février 2022.

« Le kamishibaï est une technique de narration basée sur des images qui défilent dans un butaï, un petit castelet en bois ou en carton, à trois portes. Le recto des planches, tourné vers le public, est réservé à l’illustration, le verso au texte conté. Les spectateurs focalisent ainsi leur attention sur les illustrations que le narrateur fait glisser une à une, au rythme du texte lu ou raconté. (…)

De plus en plus répandu dans les milieux professionnels de l’enfance et de la petite enfance – crèches, écoles, bibliothèques, centres de loisirs – le kamishibaï est un outil pluridisciplinaire qui permet un travail à plusieurs facettes : l’écoute, l’alphabétisation, la familiarisation avec la lecture à haute voix, mais aussi le visuel et la lecture de l’image, ainsi que l’imaginaire et la créativité, par la mise en place d’ateliers de production d’histoires, et la découverte du monde par les thèmes abordés dans le conte. (…) L’un des principaux atouts de cet outil est sa simplicité. L’autre caractéristique majeure de cet outil est la fascination qu’il exerce sur le public. Sa composante théâtrale produit un effet magique et favorise la concentration des enfants et des adultes autour de l’histoire racontée. (…) Le dernier avantage du kamishibaï est son utilisation collective et partagée. Les enfants se réunissent autour du castelet et participent à la représentation : ils mettent en commun leurs émotions, leurs hypothèses, leurs images mentales, leurs réflexions sur l’histoire et son message dans une élaboration collective du récit. Quand les enfants se sont approprié l’histoire, ils peuvent à leur tour la raconter, seuls ou à plusieurs, en s’aidant des illustrations lors d’une présentation devant un public d’enfants ou de parents. » [2]

Objectif général

 

Créer entièrement une histoire kamishibaï à partir des idées des enfants dans une dialectique avec les idées des adultes.

Étapes

 

Nous avons réuni le groupe d’enfants intéressés et nous leur avons tout d’abord expliqué l’origine du kamishibaï. Nous les avons laissés lire, toucher le butaï, etc.… Nous leur avons présenté et lu plusieurs histoires existantes et montré le travail d’Emine effectué lors d’une formation sur le kamishibaï.

Nous leur avons ensuite proposé deux formes possibles : soit créer une histoire avec des dessins ou collages sur un format de feuilles A3 ou créer des personnages sur des feuilles en papier, les découper et les prendre en photo avec une mise en situation dans les différents lieux de l’histoire. Après un vote à main levée, les enfants ont décidé de choisir l’option photographique avec dessin, car plus rapidement réalisable. Cette technique n’étant pas ou peu expérimentée dans les histoires de kamishibaï proposées au Crede.

La création de l’histoire

Nous avons fait un brainstorming d’idées de personnages et de thèmes possibles. Peu à peu, une histoire a pris forme avec une fille et un garçon comme héros et nous avons écrit le synopsis avec les actions principales et les lieux sur une feuille en imaginant les photos. Tout au long de la création de l’histoire nous avons expliqué la nécessité de choisir des lieux proches de l’APEMS pour pouvoir les intégrer dans l’histoire et les prendre facilement en photo.

Nous avons cherché la matière artistique en questionnant les enfants :

  • Qui sont les héros de notre histoire ? Une fille ? Un garçon ? Un animal ?
  • Où se passe l’histoire ? Dans quel lieu ? Qu’est-ce qui s’y passe ? Pourquoi ?
  • Quels changements, obstacles, événements, évolution dans l’histoire ?

Il y a eu une dialectique entre les enfants et les adultes pour créer une histoire cohérente et unique. Chaque enfant pouvait s’exprimer, donner son avis et décider en votant le choix définitif de l’histoire. Le travail d’Emine sur le kamishibai a été utilisé comme point de référence et source d’inspiration.

Les personnages, les dessins

Nous avons écrit le synopsis de « Flora, Matteo et… » : il s’agit de l’histoire de deux enfants qui décident d’entrer dans la forêt. Matteo a un comportement plutôt destructeur envers la forêt alors que Flora l’incite à plus de respect. Les arbres, personnages à part entière, se fâchent et Matteo prend conscience de leur vie et de leur importance.

L’histoire est composée de 12 planches image. Les enfants ont dessiné les personnages de Flora, de Matteo et des arbres qui sont les héros de l’histoire. Nous avons parlé de l’importance de trouver une relation entre le texte et les images et de dessiner la position correcte des personnages. Chaque enfant a pu choisir ce qu’il désirait dessiner en fonction de ses envies et de ses capacités de dessinateur ou de dessinatrice. Nous nous sommes inspirés de dessins existants et les enfants ont aussi créé leur propre image. Nous avons parlé de l’importance de garder un code couleur pour permettre de reconnaître les personnages d’une image à une autre. Un storyboard simple de l’histoire avec le texte pour chaque image correspondante a été réalisé.

Les photos

Vient le moment tant attendu par le groupe de prendre les photos des personnages dans les différents lieux de l’histoire : devant l’APEMS, sur le chemin dans le quartier, dans la forêt du parc de la Violette et dans le parc vers l’école de Beaulieu.

Avec les enfants, nous avons positionné les personnages, testé les cadrages. Les enfants ont pu prendre les photos à tour de rôle. Ensuite, les photos ont été retouchées sur ordinateur par Michaël Facchin pour leur donner davantage de contraste.  Elles ont été imprimées et le texte a été collé au dos des images.

La lecture de l’histoire kamishibaï

Les enfants ont découvert le plaisir de lire leur histoire à d’autres. Tous ceux qui le souhaitaient ont pu s’exercer à lire et à faire défiler les images. La diction, la projection de la voix et la recherche de ton et de rythme vocal des personnages a été travaillé avec les enfants qui le désiraient. Nous avons présenté cette histoire une première fois aux enfants de l’APEMS et ensuite aux parents durant une soirée organisée à leur intention.

Bilan

 

Ce projet fut un succès. Les enfants ont éprouvé beaucoup de plaisir à réaliser leur histoire et à la présenter aux autres enfants et aux parents. Les parents nous ont aussi fait un retour très positif !

Dans les points à améliorer, le temps nous a parfois manqué et le stress était présent pour nous, adultes, tout au long de ce projet. Il a fallu trouver un équilibre subtil entre une réalisation aboutie et le fait de garder la motivation intacte des enfants ; ce que nous sommes parvenus à faire. Il s’agit d’un projet qui a été réalisé rapidement selon le temps dont nous disposions, mais aussi en respectant le rythme des enfants. Un travail avec un appareil photographique plus professionnel pourrait être réalisé ainsi qu’avec une plus grande réflexion sur les prises de vue.

Bravo à tous et à toutes et merci aux enfants pour leur engagement, leur créativité et leur persévérance.

 

Conception :

Emine Nazli et Frédéric Joye, éducatrice et moniteur à l’APEMS des Aubépines, en étroite collaboration avec un groupe d’enfants.

Michaël Facchin, artiste enseignant et éducateur, pour les retouches photos.

Participation :

8 enfants de 7 ans et ensuite plusieurs enfants de 8 ans pour compléter les dessins, les idées, la chanson et la lecture du texte. Environ 16 enfants au total.

Période :

de mars à mai, les jeudis de 13h à 13h30 puis les mardis et jeudis de 13 h à 13h30 de la mi-mai à fin juin.

Matériel :

un smartphone pour photographier, des feuilles de papier, feutres, crayons à papier et de couleur, ciseaux, tiges de brochettes en bois.

Budget :

environ CHF 100.- pour l’impression des 12 planches, l’achat de crayons, de feutres, de feuilles de dessin et de tiges de brochettes en bois.

Frédéric Joye, moniteur à l’APEMS, septembre 2022 et CREDE, janvier 2023

 

[1] Toutes les informations sur les kamishibaïs du CREDE, en bas de la page Livres, activités et animation pour enfants

[2] Vernetto, G. (2018), Le kamishibaï ou théâtre d’images : mode d’emploi, Éducation et sociétés plurilingues, 44

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