Centre de ressources en éducation de l'enfance

Incivilités et injures

Voici des mots qui restent rarement seuls dans les conversations des équipes des UAPE et des APEMS. On les associe rapidement à des notions comme l’insécurité ou la violence. Alors, de quoi sont-ils le nom ?

Du côté de l’incivilité, on retrouve l’atteinte à l’ordre public, le défi à l’ordre social, l’oubli des convenances, de la politesse et du savoir-vivre, la destruction des rites interpersonnels, des interactions de civilité et de la confiance nécessaire au bon fonctionnement de la société. Signe de l’insatisfaction d’un enfant ou rébellion collective dans un milieu imposé ? 

Sébastian Roché décrit les incivilités comme « un ensemble de nuisances sociales extraordinairement variées qui ne blessent pas physiquement les personnes mais bousculent les règles élémentaires de la vie sociale qui permettent la confiance ».[1] Il les classifie en 4 catégories : les actes de salissure et de dégradation, l’abandon d’objets, les modes d’entrée en contact avec autrui et les conflits résultants de diverses nuisances sonores ou visibles. Les incivilités ont toujours existé mais notre sensibilité à leur égard a augmenté.  C’est l’apprentissage de la civilité qui va conditionner la construction du lien social.

Les enseignant-e-s sont confrontés ces dernières années à une augmentation significative des troubles du comportement des élèves de plus en plus jeunes. « Ce phénomène croissant péjore ainsi le climat scolaire et s’illustre par de l’indiscipline et des provocations incessantes »[2]. Le Concept 360° veut répondre aux besoins de l’école et le premier niveau d’intervention inclut la prévention, à savoir l’action sur ce climat scolaire (relationnel, éducatif, de sécurité, de justice). Il concerne l’intégralité des élèves.

Si les incivilités ne blessent personne, physiquement et psychiquement, il n’en va pas de même avec les injures. Les enfants, nous rappelle Caroline Dayer[3], intègrent très tôt le pouvoir de l’injure. Même s’ils n’en comprennent pas toujours le sens exact, ils perçoivent très vite sa fonction dévalorisante. L’injure est la pointe de l’iceberg d’un système de rapports de pouvoir. Il faut traiter les manifestations de violence mais ce n’est pas suffisant, il faut s’en prendre à leurs racines. Aujourd’hui les injures à caractère sexuel trônent au sommet du hit-parade des gros mots les plus utilisés aussi bien dans les cours d’école que dans la rue ou sur les réseaux sociaux. Dans notre société où la sexualité est taboue tout en demeurant au cœur des rapports de pouvoir, il faut comprendre les injures sexistes et homophobes comme un rappel à l’ordre renforçant la primauté de ce qui est considéré comme masculin sur ce qui est considéré comme féminin. L’injure plane au-dessus de tout individu qui s’écarte des normes socialement construites et le blesse dans sa construction identitaire et son rapport aux autres.

Comme le dit Alain Badets[4], ce sont les formations initiales et continues qui doivent apporter les connaissances et les pratiques permettant de se construire des postures favorisant l’apaisement du climat relationnel. Pas de programmation universelle mais une volonté collective de s’impliquer dans des pratiques nouvelles. Il est inutile de s’attendre à éradiquer les incivilités mais il est nécessaire de créer des conditions qui réduisent les occasions d’adopter ces attitudes destructrices.

Quant aux injures, en lisant le guide de Caroline Dayer, guide voulu comme un compagnon de questionnement refusant les recettes toutes faites, vous découvrirez la partie émergée de l’iceberg. N’oubliez pas de remonter à la surface pour reprendre un peu d’air et d’agir quand vous serez sur le bateau !

[1] Bernard Valade « INCIVILITÉ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 septembre 2019
URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/incivilite/

[2] Cesla Amarelle, introduction au Concept 360°, consulté le 20.09.19 https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/accueil/Communique_presse/documents/concept_360-consultation.pdf

[3] Dayer, Caroline (2017). Le pouvoir de l’injure. Guide de prévention des violences et des discriminations. Paris : Éditions de l’Aube

[4] Alain Badets, 2014. Les incivilités en milieu scolaire. Entre perte de citoyenneté et quête d’identité. Dijon : Canopé

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