Tout s’accélère

Paroles d’enfants sur un monde qui va trop vite.

Vous l’aurez immédiatement compris au titre, ce film documentaire donne la parole à des enfants de 10 ans, issus d’horizons économiques et culturels différents, et qui s’expriment à propos du temps, décliné à tous les temps. Le thème général est celui de l’accélération de notre développement économique et technologique entraînant une « désynchronisation croissante avec les rythmes naturels de la planète et des êtres humains » [1]. Cinq spécialistes de ces questions viennent enrichir la réflexion et ouvrir les perspectives d’un « autre monde ». Rapide (évidemment) et incomplet tour d’horizon de leurs constats.

Etienne Klein, directeur de recherche au CEA [2], remarque qu’aujourd’hui, l’individu est renvoyé à lui-même, la vie sociale n’ayant plus le sens qu’elle avait auparavant. Ce ne sont pas nos petites actions individuelles qui vont donner du sens à la vie mais un projet collectif pour la société. Nous sommes en détresse, balançant entre envie d’inertie et envie de débordement et nous saturons notre emploi du temps pour ne pas laisser la place à la vacuité qui nous culpabiliserait. Faire mille chose nous donne une pesanteur existentielle car « quand vous êtes débordé, vous existez » ! Mais dire qu’on n’a pas le temps nous permet de ne pas écouter les autres, de ne pas accéder à leurs demandes, de ne pas nous occuper d’eux, ce qui est bien commode… Si on n’arrive pas à trouver du temps pour l’essentiel, il faut s’interroger sur ce qui est vraiment essentiel à nos yeux, sans se mentir à soi-même.

Nicole Aubert, psychologue et sociologue spécialiste des questions d’organisation en entreprise, développe les notions du « culte de l’urgence », de l’exigence de l’immédiateté et du rapport à l’information. Elle rappelle la pertinence de différencier ce qui est urgent de ce qui est important et pense que la notion d’intensité à vivre est en train de remplacer la notion d’éternité. L’être humain voudrait posséder le temps alors que les enfants qui débattent dans le documentaire estiment que l’homme est un esclave du temps !

Jean-Louis Beffa, ancien directeur d’entreprise, nous livre une analyse des dérives du capitalisme, de la prétention du système bancaire à s’autoréguler à la surabondance de l’offre, y compris pour les enfants. Il propose de réfléchir au ralentissement de la croissance pour adapter nos système de protection à cette nouvelle réalité.

Hartmut Rosa, sociologue et philosophe, se demande où passe le temps que nous gagnons ? Plus nous devenons efficaces et rapides, moins nous avons de temps. Les recherches récentes montrent que c’est la peur qui fait courir les gens, peur de ne pas être assez bons et assez rapides pour faire face à tout ce qu’on attend d’eux. Dans les mégapoles, les gens deviennent plus rationnels car ils sont trop lents pour pouvoir répondre émotionnellement à toutes les impressions et informations. Cela crée une sorte de chaos qui nous force à bloquer nos émotions. Il y a des limites à nos possibilités d’adaptation à des vitesses toujours plus croissantes. La preuve en est l’explosion des burn-out et des dépressions et l’augmentation du stress et de l’anxiété. Il faut réfléchir à ce que signifie une bonne vie, une bonne éducation et abandonner cette idée de tout mesurer à travers la logique de la croissance.

Nicolas Hulot, – de la Fondation pour la Nature et l’Homme lors de la parution de ce film – estime que le pouvoir que nous donnons aux choses matérielles nous éloigne du lien à la nature, lien qui nous oblige à épouser un autre rythme. Nous savons que nous allons mourir mais faisons tout pour l’occulter. La vitesse nous rassure. Mais il faut être conscient des limites, en finir avec le libéralisme économique et inventer un monde de sobriété.

Voyage pédagogique, philosophique et poétique, ce film éveille les consciences pour penser non pas la fin du monde mais d’autres possibles, individuels et collectifs. Vite, empressez-vous de le visionner !

[1] Feuillet de présentation du DVD « Tout s’accélère » de Gilles Vernet. Kamea Meah Films, 2016.
[2] Le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).

  • VERNET, G. (2016), Tout s’accélère, [S.l.] : La Clairière

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