POUR QUE LES ENFANTS JOUENT Deuxième partie : l’invention de la règle (5 à 8 ans)

Puisque la première partie du livre de cet ouvrage [1] est consacrée au jeu symbolique chez les petits enfants, nous nous concentrerons sur les chapitres qui concernent les enfants de 5 à 8 ans et qui mettent en lumière certains de leurs jeux, pas toujours faciles à identifier, multiformes, vite inventés et vite oubliés,  les jeux à règle arbitraire. A ces âges-là, les jeux spontanés évoluent, la complexification progressive des consignes du jeu symbolique les rapproche des jeux à règles, la règle devenant de plus en plus nécessaire pour que les activités à plusieurs puissent s’élaborer et durer. Nous sommes dans l’antichambre des jeux réglés, avec le besoin de se mesurer mais aussi la difficulté à accepter le verdict de la règle. Le fait de gagner n’a qu’une importance limitée, c’est une douce incursion dans le monde de la compétition, un état de transition entre l’enfant souverain qui croyait plier la réalité à sa volonté et être le plus fort et la rigueur de la règle des jeux traditionnels, des jeux de société ou du sport, « une étape à ne pas sauter sur le chemin de la connaissance de soi et de la rencontre avec les autres » [2].

Raymonde Caffari et une équipe d’éducatrices [3] ont observé des enfants dans cinq lieux d’accueil parascolaire différents afin de repérer et d’analyser ces jeux dont la règle est inventée de toute pièce, généralement par un joueur, puis modifiée et négociée parfois au cours du jeu par le groupe et cela pour une activité précise qui ne se répétera pas forcément. Petit exemple :

Thiago et Jonathan, 6 ans et demi, jouent à la pâte à modeler. Thiago montre à Jonathan comment sortir les fusées du garage et les faire atterrir sur la terre. Il s’agit de mettre de la pâte à modeler dans un gobelet, de taper dessous le plus fort possible de façon que la pâte à modeler tombe sur la table. Les deux enfants appliquent cette règle à plusieurs reprises, puis Jonathan propose une variante : pour être le meilleur conducteur de fusées, il faut que la pâte à modeler tombe par terre, près de son pied. Le jeu continue avec cette nouvelle règle jusqu’à ce que l’éducatrice interdise aux conducteurs de fusées de poursuivre leurs manœuvres. [4]

Pas de matériel spécifique ni d’espace particulier dévolus à ces jeux mais l’assurance de la compréhension et de la discrétion des adultes permettant ces activités entre enfants qui font du bruit et s’agitent sans produire.

L’éducation des enfants de ces âges-là ne consiste pas seulement à les laisser jouer. Leur appétit pour la découverte du monde et sa compréhension est si grand. Il y a un équilibre à trouver, dans un emploi du temps très chargé, entre le jeu libre et les activités plus dirigées. Voilà qui est dit pour 2018 !

 

[1] Raymonde Caffari (2017). Pour que les enfants jouent. Une pédagogie du jeu pour les institutions de la petite enfance. Le Mont-sur-Lausanne : LEP Loisirs et pédagogie.

[2] Idem, p. 173.

[3] F. Curchod, F. Guinchard Hayward, M-C. Knobel Villommet et S. Perrin.

[4] Raymonde Caffari (2017). Pour que les enfants jouent. Une pédagogie du jeu pour les institutions de la petite enfance. Le Mont-sur-Lausanne : LEP Loisirs et pédagogie, p. 163.

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