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Pensez en confinement !

En cette période bien particulière voici un texte inspirant que nous avons choisi pour son originalité et son message nécessaire. Il est signé de Daniel Courberand, psychothérapeute en France voisine. Bonne lecture!


Après plusieurs semaines de replis et de télétravail, on constate que le corona virus touche désormais l’ensemble de notre planète qui, soit dit en passant, commence à beaucoup mieux respirer depuis que l’homme se terre en confinement.

Je pense que la découverte majeure du monde a été la surprise de découvrir un envahisseur imprévu et improbable. Cette invasion rapide et soudaine est venue effracter notre monde interne qui lui, petit à petit, s’estimait de plus en plus intouchable par autre chose que par ses pensées arrangées voire arrangeantes et organisées. Le réel est venu convoquer notre psyché aménagée dans son confort, protégée par tous nos mécanismes de défense plus ou moins efficaces. Notre imaginaire n’avait pas ou plus prévu une telle infraction depuis bien des décennies, ce qui nous a mis en danger émotionnellement, affectivement et psychiquement bien plus que physiquement (puisque seul 2 à 3 % de la population est agressée par le pouvoir létal de ce virus).

On peut penser que c’est d’abord le danger psychique qui a dominé le monde, qui a excité le monde tout autant (voire à posteriori) que l’imprévisibilité et l’inefficacité organisationnelle et sanitaire des peuples !

Ce monde des virus (pourtant connu) a en effet réveillé nos angoisses les plus archaïques : nos angoisses de mort, notre crainte d’intégrité corporelle mais aussi notre crainte de perdre une certaine homéostasie psychique, une certaine cohésion voire cohérence psychoaffective.(1)
La menace psychique interne est très importante et fortement perceptible en cette période de confinement majeur et chacun s’en défendra différemment soit par le déni (« je fais comme d’habitude »), la dénégation
(«tout ceci n’est que des balivernes exagérées »), les projections paranoïdes
c’est la faute aux gouvernements ou encore aux chinois ou à Macron ! » voire par des attitudes perverses de profit ou de pensées complotistes ! Comme toute attaque imprévisible du réel dans notre vie psychique, celle-ci manque cruellement de sens aujourd’hui, elle est donc difficilement assimilable. Ainsi tout le monde en parle en disant tout et son contraire. Il y a quelques siècles, le sens à cette pandémie aurait été entendu unanimement comme une peste noire, un châtiment, l’oeuvre de quelques diables ou de dieux persécuteurs ou vengeurs. Aujourd’hui, plus que jamais, c’est le manque de sens à la vie psychique qui fait la vraie souffrance de l’Homme.

À ce jour que dire donc au-delà de la sidération psychique dans laquelle nous sommes ?

Serions-nous obligés d’accepter que, comme le disait PASCAL, « l’homme n’est qu’un roseau… fragile » (2)? Il nous faudrait donc comprendre notre fragilité notre précarité, notre petitesse au milieu de la Nature qui elle, Grande Dame, cherche à vivre également. Ce virus, couronné tout comme nous, veut vivre et ce, autant que nous!
Force est de constater que dans l’Univers la pulsion du vivant est totale et permanente. Mais il s’agit bien d’une pulsion de vie et non pas d’une guerre comme on nous le fait dire ! Tout comme nous autres humains, le virus cherche à être, à exister (et c’est ça la rage de vivre !). Nous sommes plusieurs « Autres » à avoir ce désir de vie dans la Nature ! L’avions-nous oublié ?

Rappelons-nous que le virus fait partie de l’Univers et de la Biologie Universelle dont l’unique finalité semble être la transmission de l’espèce pour demeurer présent au monde voire jusqu’à la fin des temps.
Derrière cette sidération, notre psyché est donc en difficulté pour donner un sens acceptable, un sens pour secondariser cette effraction psychique ; or seul, en tant qu’individu, tout ceci n’est pas recevable !
Le « Sens » se doit d’être abordé collectivement, à plusieurs. Il nous faut considérer (3) cette affaire virale ensemble car notre contenance psychique, individuelle est débordée ; seule, elle ne peut raisonner qu’en terme de survie (vie/ mort), de contention psychique donc aborder cette triste affaire qu’en mode instinctif et non élaborable.

Or, s’il y a un sens à trouver, une pensée à laisser émerger, c’est peut-être celle de nous pousser à repenser l’Univers (dont nous faisons infime partie) comme étant lui-même construit pour sa transmission et pour demeurer intact. En effet, aujourd’hui, nous comprenons que la transmission d’un virus (membre à part entière de l’Univers) se fait grâce à un hôte, (animal puis humain) qui logiquement sera lui-même ménagé par son virus (immunité oblige) car nous savons que le virus ne peut vivre sans son hôte. C’est ainsi que nous intégrons et assimilons le monde même le plus microscopique et que le corona virus deviendra à terme, lui aussi, « a-virulent ».
Il est difficile d’imaginer que nous serons amenés à comprendre que ce virus (comme les autres passés ou à venir) sera intégré à notre être biologique et même à notre génome.

C’est ainsi que nous aussi nous intégrons l’Univers existant. D’après certaines recherches, au fil des siècles 8 % de notre être se serait composé de rétrovirus endogènes (ERV) et nous vivons en symbiose avec de très nombreuses bactéries et virus en permanence (microbiote intestinal).
Et c’est ainsi que nous vivons depuis la nuit des temps mais nous l’avions oublié, semble-il.

Il va donc falloir admettre et accepter que les virus sont aussi une partie de l’Univers que nous n’avons pas encore intégré voire ingéré. Mais nous découvrons à nos dépens, en ce moment, que la virulence en est le coût à payer.
L’idée de la logique Virale est une Logique du Vivant (4), de la Nature : c’est une logique de compromis : vivre en symbiose avec ce qui nous entoure: l’homme intègre un virus et le virus garde vivant son hôte humain. Ainsi entre protection et immunisation – être exposés aux virus et/ou sortir du confinement (5) – notre vie a fondamentalement été bouleversée. Un compromis mondial et universel sera probablement la leçon à tirer de cet épisode naturel : ce n’est pas la Terre ou l’ Homme, c’est la Terre en compromission avec l’Homme et l’Homme en compromis avec sa Terre qu’il faudra considérer. Le compromis avec l’Univers est donc inéluctable et la « toute-puissance » de l’homme (et aussi toute puissance économique, mondialisation, déforestation, recul écologique, etc.) est donc réduite à néant. Le progressisme à outrance est mis à mal, on ne peut pas se protéger de tout, ni se protéger tout le temps.

La finalité Humaine serait peut-être de se maintenir avec la concurrence du vivant en association avec les autres êtres du monde et de l’Univers, virus compris, animaux compris, végétaux compris, minéraux compris !

Si le monde s’en sort et se redressera, on pourra alors penser que la Logique du Vivant a été la plus forte.
On s’en souviendra, la logique qui veut que tout virus sauve son hôte (car il a besoin de lui pour exister ), nous obligera – si l’on est sensé et penseur – à accepter et à comprendre (ou simplement retrouver comme les Amazoniens l’on toujours pensé ) que notre Logique de Vie doit être partagée, que l’Humain ,tel un virus , doit sauver, à son tour, son hôte la Terre car il a besoin d’Elle pour vivre pleinement en harmonie avec Elle .

Voilà le modeste sens que je voulais partager avec vous, le sens du vivant, cher à F. JACOB qui n’hésitait pas à affirmer (6) et ce sera là ma conclusion : « ce que l’homme cherche jusqu’à l’angoisse dans ses dieux, dans son art, dans sa science, c’est la signification. Il ne supporte pas le vide il verse du sens sur les évènements comme du sel sur les aliments…. »

Daniel Courberand, psychothérapeute, Grenoble 30/03/2020

1. Voir le nombre de couples en difficulté ou en violence depuis le début du confinement.

2. PASCAL.B. in « les pensées »
L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau suffit pour le tuer. Mais quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien

3. Littéralement et étymologiquement : con-siderer

4. Pour reprendre un terme de F. JACOB

5. C’est bientôt la question du moment : « quand sortir du confinement ? »

6. F. JACOB (1987). La statue intérieure, Paris, Odile Jacob ; Paris Gallimard coll. Folio p. 256-257.

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