Mixité filles-garçons : réussir le pari de l’éducation

Dans ce livre [1] engagé dans une réflexion citoyenne, Jean P. François se préoccupe du fait que notre société peine à développer une mixité filles-garçons de qualité dans les lieux d’éducation. Il constate que cette mixité ne va pas de soi et suppose de la part de ces lieux et de leurs équipes des aménagements et des modes de fonctionnement sans cesse repensés et adaptés.

En premier lieu, l’ouvrage aborde les modèles ancestraux, le développement des mouvements féministes et la domination masculine qui continuent de nous influencer. Un regard sur notre propre histoire nous éclaire sur l’installation des traditions, des conventions sociales et religieuses et des normes morales qui maintiennent les inégalités femmes hommes et influencent l’éducation des enfants.

Pour toute éducatrice et tout éducateur qui tisse des liens et participe quotidiennement à la construction de la cité, il est primordial de connaitre sa propre position par rapport à ces questions car son rôle est de promouvoir une pédagogie antisexiste pour sortir les garçons et les filles de leurs carcans stéréotypés.

Véronique Rouyer [2] rappelle que la connaissance des enfants sur le genre des jouets, des vêtements et des activités augmente rapidement entre 3 et 6 ans. Elle s’organise dans des « schémas de genre » pour devenir équivalente à celle des adultes vers 6 ou 7 ans. A cet âge, l’enfant comprend que son appartenance à un groupe de sexe est stable dans le temps et que les attributs de la féminité et de la masculinité sont des codes sociaux. Ces notions sont bien intégrées à 8-9 ans [3]. « Bien qu’il puisse être plus flexible dans ses représentations qu’auparavant, il respecte ces codes sexués en invoquant des raisons morales » [4]. Dans la plupart des cultures occidentales, le préjugé basé sur le genre apparaît vers 3 ans et augmente jusqu’à l’âge de 8 ans. [5]

Jean P. François estime qu’une cohésion d’équipe n’est pas forcément possible face à ce sujet mais une démarche commune est nécessaire, celle qui consiste à ne pas esquiver les questions des enfants et leur quête incessante de repères pour trouver leur place dans le monde, d’y être attentifs, d’ouvrir les débats, de se positionner avec précaution, sans blesser. Tensions et confrontations entre les repères familiaux et ceux du monde éducatif, déstabilisation et interrogations anxieuses… Par la réflexion et l’analyse, les enfants grandissent. Mais les échanges et la conversation ne naissent pas miraculeusement. Seul le vécu construit et la pratique partagée de l’activité permettent la confrontation au réel, favorisent la reconnaissance et la prise en compte d’autrui et conduisent à la réflexion contradictoire et féconde. Mais à quelles conditions les activités proposées peuvent-elles amener à des résultats intéressants ? Comment lutter contre les comportements qui vexent, humilient et réduisent l’autre aux stéréotypes liés à son sexe ? Comment débusquer les attitudes, les non-dits et accepter les conflits d’idées ?

Cet ouvrage donne des pistes de travail à propos d’activités cadrées, facilitant les rencontres mixtes et la connaissance de l’autre, des activités qui permettent aussi la mise en jeu de soi, la prise de risque mesurée et la création. Alors, bonne lecture !

[1] Jean P. François (2011). Mixité filles-garçons : réussir le pari de l’éducation. Toulouse : éditions érès.

[2] Véronique Rouyer « La construction de l’identité sexuée ». L’Essentiel Cerveau & Psycho, n° 19, 2014.

[3] Céline Clément et Elisabeth Demont (2013). La psychologie du développement en 20 grandes notions. Paris : Dunod.

[4] Idem 3, p. 56

[5] Antoine Bréau et Vanessa Lentillon-Kaestner « Luttter contre les stéréotypes de genre : un enjeu d’actualité et d’égalité pour l’Ecole ». Educateur n°5, 2016

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