Les ateliers « Sirop-Philo » à l’APEMS de la Sallaz

« J’ai envie de savoir les avis des autres, de savoir ce qu’ils pensent. »
« Ici, on se fait pas couper la parole comme à la récré, on peut tous parler et discuter sans qu’il y ait trop de bruit. »
« J’ai vu ceux qui sortaient et ils avaient l’air bien, contents. »
« On apprend autre chose et c’est pas comme à l’école, on parle vraiment de la vie. »
« J’ai voulu essayer et j’aime bien le sirop. »
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Voilà, pêle-mêle, les réponses des enfants à la question « pourquoi participez-vous aux sirops philo ? » posée par Dominique Baillat, responsable de l’APEMS de la Sallaz, éducatrice et animatrice de l’atelier. Mais de quoi s’agit-il ?

Tout professionnel, toute équipe accueillant quotidiennement des enfants s’interroge sur les valeurs à leur transmettre et sur la façon de le faire. Constatant, au cours de sa pratique éducative, que les adultes en charge de l’accueil des enfants sont facilement dans l’agir et moins souvent dans la réflexion avec eux, Dominique Baillat choisit de proposer un espace-temps réservé à la discussion et aux échanges avec les enfants sous forme d’ateliers philosophiques. La philosophie pour enfant exerce la faculté de penser par et pour soi-même, d’avoir ses idées propres, de créer des bases solides dans le « qui suis-je face aux autres ? » et permet de mieux se situer par rapport à ses pairs. L’intérêt d’une telle expérimentation est d’aider l’enfant à se voir comme un citoyen du monde tout en respectant son identité personnelle.

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Dominique Baillat se questionne aussi sur la place, le rôle et la responsabilité de l’adulte en se référant à l’éthique de la discussion et à son importance pour mener à bien ces moments de réflexion et de discussion avec les enfants. Elle ajoute que ce genre d’atelier permet à l’éducatrice de mieux connaître chaque enfant et de le comprendre autrement que lors des activités, des repas ou des moments de jeux libres.

Comment faire émerger puis développer chez l’enfant son questionnement, comment privilégier les échanges au sein du groupe tout en tenant compte du rythme singulier de la pensée de chacun ?

Petit tour d’horizon de quelques experts de la philosophie pour enfants

C’est Matthew Lipman qui, le premier, a développé la « philosophie pour enfants », sûr que ceux-ci peuvent apprendre à penser et à « conceptualiser » s’ils sont mis dès leur plus jeune âge en situation de réfléchir et discuter des questions philosophiques. Plusieurs auteurs lui ont emboîté le pas, Tozzi, Lévine, Brenifer et d’autres, chacun avec sa propre méthode.

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Michel Sasseville estime que « comme on apprend à marcher en marchant, on apprend à penser en pensant. » Notre modernité veut favoriser un dialogue entre les peuples et semble avoir besoin d’instruments qui permettent d’éduquer les enfants à l’ouverture, à la reconnaissance des différences et à la volonté de vivre paisiblement avec les incertitudes que ces différences peuvent engendrer. Prieur le rejoint quand elle dit que philosopher avec les enfants c’est les habituer à mobiliser leur aptitude à raisonner, c’est développer le goût et le plaisir de la réflexion et les préparer ainsi à vivre dans un monde dans lequel nous devons souvent agir sans avoir de réponses à nos interrogations.

Diriger une discussion philosophique est un art jamais maîtrisé qui exige de savoir quand intervenir ou ne pas intervenir, de guider sans endoctriner sans influencer ou juger. C’est une habileté à poser des questions appropriées qui encouragent les enfants à fournir des raisons ( pourquoi dis-tu cela ), à évaluer les raisons avancées (penses-tu que c’est une bonne raison), à définir par eux-mêmes les mots qu’ils utilisent (quand tu utilises tel mot, que veux-tu dire), à tenir compte des différents points de vue (est-ce que ton point de vue est très différent de celui de X), à rechercher une alternative (est-il possible de trouver une autre explication).

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Oriana Brücker souligne le succès grandissant des activités de philosophie avec les enfants, soit au niveau des méthodes conçues qu’au niveau des publications destinées aux enfants. Elle souligne le défi pour les professionnels : s’abstenir de donner les bonnes réponses, répondre à leurs questions en posant d’autres questions, relancer le débat. L’atelier devient alors un prétexte pour apprendre aux enfants à exprimer leurs opinions, leurs désaccords tout en se respectant. L’apprentissage moral est celui du respect et de l’intégration d’une vérité qui est le résultat d’un débat ouvert.

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Les ateliers sont appelés « sirop philo » (du sirop est à disposition) et sont proposés comme une activité optionnelle, librement choisie, à quinzaine, entre 12h45 et 13h55 et pour une durée de 3 mois (6 séances et une dernière pour le bilan final). Ils se déroulent dans une salle de l’APEMS et sont animés par Dominique Baillat qui connaît chacun des enfants. La familiarité avec la personne qui anime est un avantage : les enfants s’immergent rapidement, prennent plus souvent la parole et les échanges vont bon train. Deux groupes sont formés, de 8 enfants au maximum, âgés de 7 à 8 ans et de 8 à 9 ans.

Au début de la série des ateliers, l’éducatrice explique le sens de ces moments et pose le cadre : respect mutuel au niveau du temps de parole et du contenu des propos de chacun, écoute bienveillante du groupe, possibilité à tout moment de quitter discrètement la pièce (pour y revenir ensuite).

Au commencement de chaque atelier, un enfant allume la bougie et un autre sert le sirop. L’éducatrice propose un support de base (conte, histoire, etc.) et invite les enfants à formuler ce qui les questionne et les fait réagir. Les enfants peuvent poser des questions d’ordre scientifique « pourquoi le feu fait-il de la lumière ? » ou d’ordre philosophique « pourquoi vit-on, pourquoi y a-t-il des gens racistes ? » Ils doivent ensuite se mettre d’accord pour ne traiter qu’une seule question. L’atelier se déroule de façon sérieuse et ludique, divers moyens sont proposés aux enfants pour les aider à réfléchir : jeux, proverbes, petits questionnaires, etc.

A la fin de l’atelier, en accord avec les enfants, l’éducatrice note en quelques mots ce qui est ressorti des échanges et le met sur un support accessible à tous.

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Pour se faire une idée de la richesse des propos exprimés par les enfants, voici quelques échanges extraits d’un sirop philo au sujet de l’amitié

Gabrielle : il y a des gens qui disent « j’ai pas besoin d’amis » parce qu’ils sont fâchés sur le moment. Mais c’est pas vrai. On a tous besoin d’amis car sinon on est seul. Donc dans la classe il faut au moins avoir plus de dix copains….ben oui si t’en a qu’un et qu’il est malade, qu’est-ce que je peux faire ?
Luan : un copain, c’est pour s’amuser dans la vie !
Nino : c’est important parce sinon on serait pas comme ça, on serait pas en train de parler. Je pourrais par exemple pas parler avec Malik parce que ça serait pas mon ami.
L’adulte : tu veux dire que tu serais isolé, c’est ça ?
Nino : ouais, voilà. On serait tout seul.
Lukas : on pourrait essayer d’imaginer ce que ça serait, qu’est-ce que c’est la vie sans amis.
L’adulte : Toi, ça te ferait quoi si tu n’avais pas d’amis ?
Lukas : ce serait ennuyant.
Néhir : moi je trouve que un ami ça sert à donner nos sentiments, dire ce qu’on ressent, partager aussi et lui faire comprendre le pourquoi des choses.
L’adulte : D’accord. Donc pour toi c’est le partage ?
Malik : un ami c’est pour plusieurs choses. Pour que la vie soit positive, pour que l’autre puisse réagir avec nous quand on se fait embêter, c’est beaucoup de choses un ami.
L’adulte : dans ce que j’entends, tu me dis si c’est pas ce que tu voulais dire, un ami c’est quelqu’un qui nous accompagne ?
Malik : ouais voilà. Pour nous apprendre la vie, toute notre vie jusqu’à la mort.
L’adulte : les amis dans un conflit, ça pourrait servir à quoi ?
Daniel : à donner des conseils.
Mehdi : à moi ça m’a remonté le moral après un conflit.
Valentine : ça peut nous rassurer, tu peux lui confier des choses.
Néhir : moi un ami ça sert à tout ce qui est positif, nous aider, nous donner des conseils, venir nous visiter, jouer, passer du temps ensemble.

A propos du thème sur le bonheur

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Le groupe des enfants de 7-8 ans a résumé ainsi son avis : jouer, se reposer et être aimé par ses parents.

Le groupe des plus grands (8-9 ans) en a fait la recette : 4 grains de liberté, 5 petits paquets de positif, jouer avec ses amis, quelques pincées d’amour, 8kg de joie, 8kg d’amour des parents, 4 sachets de plaisir, mélanger à 1 litre de Vie, casser 3 câlins pour garder le meilleur et ajouter 3 grammes de malheur pour profiter mieux du bonheur !

APEMS DE LA SALLAZ Dominique Baillat
CREDE Jacqueline Bonvin de Werra 2015

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