Gros mots, jurons, insultes, injures

Au commencement sont les gros mots, communs à tous les petits enfants (pipi, caca boudin, etc.) considérés comme grossiers et renvoyant au corps et aux fonctions excrémentielles. Par l’apprentissage et la pratique de ces gros mots, l’enfant transgresse ses premiers tabous, découvre l’usage de la liberté et la puissance du verbal [1]. Si ces premiers mots sont scatologiques, en grandissant, l’enfant va enrichir son vocabulaire. Evoquer ce qui est interdit, dans le registre du sexe et de la religion, provoque un soulagement car les mots contournent le carcan d’une norme imposée et d’une éducation stricte. Provoquer les autres, susciter le rire, afficher sa révolte, exprimer sa colère en évitant le passage à l’acte en disant des gros mots peut être un acte libérateur. Il est néanmoins important que l’enfant prenne conscience que ces mots peuvent blesser ou choquer.

Prolongement des gros mots, le juron, l’injure, l’insulte [2]. Quelles différences ?
Le juron n’a comme seule fonction que de libérer une tension et/ou d’évacuer une contrariété, d’exprimer un mot d’humeur et/ou de libérer une émotion forte. L’insulte, par contre, exprime un mépris, un irrespect destiné à blesser l’autre ou le groupe visé en le rabaissant. L’insulte utilise généralement un gros mot tandis que l’injure correspond à un acte. Les deux sont le produit d’une frustration, d’une colère profonde qui, ne pouvant être maitrisée, submerge son auteur qui laisse alors exploser ses ressentiments et son agressivité verbale.

La sensibilité de la société à l’égard de l’injure et de l’insulte a changé. Les injures à caractère sexuel « trônent au sommet du hit-parade des gros mots les plus utilisés aussi bien dans les préaux des écoles que dans la rue ou au volant » [3] et sur les réseaux sociaux. L’injure guette tout individu qui s’écarte des normes socialement construites.

Au sein des sociétés occidentales la sexualité érigée en tabou demeure au cœur des rapports de pouvoir. Dans ce contexte, les insultes sexistes et homophobes sont un rappel à l’ordre renforçant la primauté de ce qui est considéré comme masculin sur ce qui est considéré comme féminin. La crise durcit les rapports sociaux et les injures sont plus fortes et plus virulentes lorsque les cibles ne sont pas protégées par un cadre juridique. L’injure transforme la personne qui en est la cible en objet et génère chez elle un sentiment d’infériorité qui peut affecter sa construction identitaire, son cursus de formation et son parcours de vie.

Comme pour toute relation humaine, il convient de réfléchir et d’agir à plusieurs niveaux. L’idée générale est qu’au sein de toute institution, toute forme de violence est proscrite par le règlement. Il faut travailler sur ces situations en prenant en compte les auteurs, les destinataires et les témoins de ces violences. « Faire prendre conscience des effets potentiels que peut avoir ce que l’on fait ou ce que l’on dit, voilà à quoi on devrait s’atteler face aux nouvelles générations ».[4] S’il convient de traiter les manifestations de violence il s’agit aussi et surtout de s’attaquer à leurs racines. Mais l’espace me manque pour développer ce nouveau chapitre. Zut alors !

 


[1] IVANOVICH-LAIR, A. (2014), Petits problèmes avec les gros mots , in Métiers de la petite enfance, n° 205, pp. 31-32

[2] TREMINTIN, J. (2018), De l’insulte au  juron : comment réagir ? , in Le journal de l’animation, n°191, pp. 22-29

[3] MONNET, V., VOS, A. (2016), Le pouvoir de l’injure, in Educateur, n°3, pp. 9-12

[4] FRACCHIOLLA, B. (2018), Les mots sont des actes qui peuvent faire aussi mal que des coups, in Le journal de l’animation, n°191, pp. 30-31

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