Centre de ressources en éducation de l'enfance

Egalité filles garçons

« L’autre jour, je suis allée voir une conférence de Sylvia Federici et la conférence traitait de la grève des femmes du 14 juin. Elle m’a redonné envie de faire la grève des femmes. Elle parlait des micro actes du quotidien qui sont comme des petites grèves du quotidien, ça m’a beaucoup parlé même si elle n’a pas forcément donné d’exemples. Et je me suis dit que j’allais écrire un texte pour expliquer pourquoi moi aussi j’ai envie de faire la grève des femmes.

L’autre jour, en attendant ici, j’ai lu un 20 min (le journal) et j’ai constaté que dans ce média, il y a avait encore beaucoup de travail à faire. A la page des sports, il n’y avait que des hommes représentés un peu comme si le sport c’était que pour les mecs. Alors, ça m’a rappelé une conversation une fois où l’on parlait de la cour de récréation lorsque l’on est enfant. Je ne sais pas comment c’est maintenant mais il y a 25 ans, je me souviens bien que les filles étaient toutes dans un coin alors que les garçons couraient partout grimpaient au tilleul de la cour et prenaient toute la place. C’est comme si on nous avait appris en tant que petites filles déjà à prendre un rôle bien défini. Sur moi, cela eu un gros impact, plus tard lors des cours de gym, je n’osais rien faire. Utiliser mon corps était gênant, je ne savais pas comment m’y prendre et j’ai  même fini par pleurer un jour où la prof de gym m’a forcé à essayer de faire une montée du ventre sur des barres parallèles. Du coup dès que j’ai pu, j’ai lâché le sport pour être bien sûre que jamais je ne sois remise dans une position de malaise en public. Ce n’est qu’il y a deux ans que je me suis mise au vélo et ça, ça a été une libération. Tout à coup, j’ai découvert que moi aussi je pouvais utiliser mon corps et aussi la rue. Parce que la rue parfois, elle fait peur. Les ruelles sombres le soir, aucun moyen de se défendre en cas d’agression. Tout à coup le vélo, c’était la possibilité d’aller vite et tester mon corps. Alors je dis pas qu’une grève des femmes va tout régler mais au moins, on peut mettre tout ça à jour et trouver des solutions ensemble.

J’aimerais ne pas avoir peur le soir en rentrant chez moi. J’aimerais que l’on montre des femmes sportives. J’aimerais apprendre aux petites filles à grimper aux arbres. J’aimerais ne pas être réduite à un corps faible. »

J’ai découvert ce texte témoignage anonyme  près de l’arrêt de bus lausannois de la Maladière,  une semaine avant la grève des femmes du 14 juin. Merci à vous, Madame, qui avez laissé cette trace écrite. La journée de grève est passée mais le travail pour une égalité entre les filles et les garçons, entre les hommes et les femmes  continue.  Vous parlez, entre autre,  de votre rapport à votre corps et du sport. Qu’en est-il actuellement de cette question dans l’éducation des enfants ?

Les ouvrages de Françoise Héritier montrent que ce sont les institutions, les pratiques quotidiennes, les rituels et les pratiques éducatives qui soutiennent les formes culturelles propres à chaque société pour « habiller » [1] la différence des sexes. La notion de « genre » a permis de repérer les conditionnements culturels, les façons du « devenir fille ou garçon » et les discriminations entre garçons et filles.  Martine Court [2], en analysant deux magazines destinés aux filles entre 8 et 12 ans, a constaté que les modèles de conduites proposés au sujet du sport et du travail de l’apparence (vêtements, accessoires, contrôle du poids, normes diététiques, activité physique etc.)  étaient  très stéréotypés. Dans la rubrique « sport », les filles sont représentées comme douillettes, craignant de chuter, de se noyer, de se blesser. L’experte de l’activité concernée conseille de ne pas prendre de risques et de protéger son corps. Les magazines généralistes destinés à un public mixte ne présentent pas la pratique sportive au féminin de façon stéréotypée et ne proposent pas d’articles sur le travail de l’apparence.

Pour la petite histoire, c’est le 5 août 1984 qu’a eu lieu, aux jeux olympiques de Los Angeles, le premier marathon féminin. Marie-Claire Gross [3] fait dire à l’un des narrateurs de son roman: « C’est une chance que la Suisse soit représentée. Et il rêve, enthousiaste : les femmes seront bientôt égales aux hommes dans tous les sports et dans la société ! ». Peut-être bien que les femmes sont actuellement présentes dans la quasi-totalité des disciplines sportives, néanmoins beaucoup de fédérations sportives exigent  des tenues plus sexy chez les femmes. Plus elles pratiquent un sport réputé masculin, plus les championnes sont mises en image dans des tenues de gala, avec maquillage marqué, ongles voyants etc. Sport de compétition, érotisation des corps et glamour se déclinent encore selon les stéréotypes de genre et de culture profondément ancrés en nous [4].

Et pour continuer à travailler ce sujet dans l’accueil en associant les enfants au souci d’égalité dans le groupe, regardez les deux vidéos du site www.matilda.education, plateforme vidéo éducative sur l’égalité des sexes.

La cour de récréation

– La conquête de l’espace dans le sport

[1] Françoise Hurstel « Filles, garçons : du jeu dans les rôles » in Le Furet n°45 (2004), pp.16-17.

[2] Martine Court « Le corps prescrit. Sport et travail de l’apparence dans la presse pour filles » in Les Cahiers du genre n° 49 (2010), pp. 117-132.

[3] Marie-Claire Gross « 5 minutes 44 », Orbe : Ed. Bernard Campiche. Roman (2018).

[4] Eva Saro « Sport et féminité, un rapport qui reste complexe » in Educateur n°6 (2016), p.21.

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