Cultures enfantines

Cet ouvrage [1] est l’occasion de découvrir l’universalité et la diversité des cultures de l’enfant en croisant les regards de 42 chercheurs et chercheuses provenant d’aires culturelles et professionnelles différentes. Si certaines pratiques enfantines, de la cour de récréation à la rue, sont connues depuis longtemps, c’est récemment qu’elles sont devenues des objets de recherche. Par leurs conséquences sociales, psychologiques et linguistiques, ces pratiques peuvent nous renseigner sur les aspects les plus profonds de la vie des enfants,  nous aider à les comprendre et à penser nos relations éducatives avec eux.

Incursion dans l’un des 34 chapitres de ce recueil, celui d’Angela Meyer Borbra intitulé « Les cultures enfantines dans les espaces-temps du jeu [2] ».

Le monde des enfants est structuré par des relations matérielles, sociales, cognitives et émotionnelles. Ces relations organisent leur vie quotidienne et leur rapport avec leur environnement. C’est dans ce contexte qu’ils constituent leur identité d’enfant et de membre d’un groupe social. Ils sont ainsi considérés non pas comme des sujets passifs qui incorporent  avec peine la culture qui leur serait imposée mais comme des sujets actifs capables de créer des formes propres d’action et d’interprétation de la réalité. Quand les enfants partagent le même espace-temps et le même ordre social institutionnel, ils construisent ensemble des stratégies pour travailler la complexité des valeurs, des connaissances et des habitudes qui leur sont imposées. Se forme ainsi un sentiment d’appartenance à un groupe – celui des enfants – et à un monde social et culturel qu’ils rejouent dans leurs relations entre eux.

Les cultures enfantines émergent à mesure que les enfants essayent de donner du sens au monde dans lequel ils vivent. Elles ne sont pas préexistantes aux enfants mais constituent un processus partagé à mesure que les enfants participent collectivement d’une expérience sociale. Elles émergent des interstices de temps et de l’espace aménagés qui organisent la vie des enfants, dans des contextes où il leur reste quelque parcelle de pouvoir et de contrôle, loin du regard adulte. Les études réalisées se concentrent principalement sur l’un ou les deux aspects suivants :
–       le jeu, conçu comme une manifestation de la culture et en même temps comme espace de la construction des pratiques sociales et culturelles enfantines ;
–       les interactions sociales entre enfants et les pratiques de sociabilité des groupes de pairs.

Comprendre le jeu des enfants est l’un des accès principaux aux cultures de l’enfance. Le jeu, par sa nature interactive et symbolique, favorise l’apprentissage de la sociabilité et constitue une forme d’action sociale importante. « Il est le noyau de la construction de leurs relations sociales et de leur formes collectives et individuelles de vision du monde » [3]. Borbra a observé les stratégies mises en place par des enfants âgés de 4 à 6 ans pour entrer dans un jeu afin d’y participer. L’analyse de ces stratégies et des résistances ou refus des autres enfants à son entrée a révélé un processus complexe, régi par des normes et valeurs communes, générées par le besoin de comprendre les ordres sociaux institués par les adultes, de créer et de garder un espace interactif de jeu. Les enfants s’investissent dans la négociation lors des conflits pour garantir le jeu. Cetinvestissement révèle aussi les hiérarchies et relations de pouvoir assurant l’autorité pour définir qui pourra ou non participer à tel ou tel jeu. Pour cela, les enfants étiquettent certains membres du groupe selon leurs caractéristiques « joli, laid, plus jeune, garçon, fille, casse-pied », etc. Les différences de pouvoir, de prestige, de milieu social sont présentes dans le groupe de pairs et l’enfant devra élaborer des stratégies et faire valoir ses compétences sociales pour réussir à participer au jeu et à la vie du groupe. Cependant, si les enfants mettent en place des règles sociales créant un ordre social, cela ne se fait pas seul mais bien en lien avec la compréhension et l’administration collective des ordres sociaux institués par les adultes.

[1] ARLEO, A. DELALANDE, J. (dir.) (2010), Cultures enfantines,  Rennes : Presses Universitaires de Rennes

[2] MEYER BORBRA, A. (2010), Les cultures enfantines dans les espaces temps du jeu, in ARLEO, A. DELALANDE, J. (dir.), Cultures enfantines,  Rennes : Presses Universitaires de Rennes, pp. 191-199.

[3] Idem, p. 194.

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